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Domaine français Roman sans frontières

mars 2019 | Le Matricule des Anges n°201 | par Anthony Dufraisse

Olivier Benyahya signe une vraie-fausse enquête qui reflète la complexité du monde qui s’écrit sous nos yeux.

C’est un certain Lazar qui parle, adepte des tours de cartes : « Je prenais du plaisir à bluffer les gens. » Ce roman est précisément un tour de cartes bluffant. Cinquième livre d’Olivier Benyahya, Frontières se donne comme le deuxième volet d’une trilogie dite « Engendrements » (mais on peut tout à fait le lire isolément – c’est notre cas). Cet écrivain quadra est redoutable. Parce qu’il vous fait douter de tout. D’absolument tout : de l’Histoire, de ses personnages nombreux pareils à des hologrammes, et même de la nature de son roman qui vous harponne dès les premières pages. Ferré d’emblée, oui, on l’est par la mise en place d’une intrigue – au sens narratif du terme – qui n’aura de cesse, dans ses développements proliférants, de nous intriguer – cette fois au sens psychologique du mot.
À travers les investigations d’un très pérecquien enquêteur (puisque simplement nommé W), où donc cet Olivier Benyahya veut-il nous mener ? Partout et nulle part, car ce qui compte pour lui, semble-t-il, c’est précisément de nous mener par le bout du nez. S’il y a une évidente invitation à reconsidérer des faits de l’Histoire plus ou moins récente (attentats antisémites dans la France mitterrandienne ou dans la nôtre, opérations militaires israéliennes conduites dans la bande de Gaza en 2008-2009…), il y a surtout une volonté manifeste de nous montrer comment une histoire s’écrit. Donc, dans le cas présent, comment ce roman s’engendre lui-même (d’où, suppose-t-on, le titre générique de la trilogie), à force de personnages troubles et tous porteurs d’un fragment du puzzle, à coups de révélations dont certaines sur le narrateur lui-même, commanditaire de l’enquête de W. « Ce qui l’intéressait (…) c’était de donner à lire le processus d’émergence d’une structure narrative globale. La prise d’autonomie du récit. Une bête se nourrissant d’elle-même. »
De ce point de vue, n’est pas innocente la mention de Wittgenstein (tiens, encore un W), le philosophe qui « essayait de mettre en évidence le lien constitutif entre le langage et le réel ». Ce qui nous fait dire que les frontières du titre sont probablement celles qui séparent le monde mis en mots du chaos innommé ; les fils du récit en somme. Que le narrateur soit un ancien éditeur soucieux de la portée de ses publications n’est pas non plus étranger à la nature poupée russe de ce livre, à son côté mise en abîme. Les protagonistes, les situations, tout ici est à double fond et en même temps à double tour. Et c’est ce qui explique que le lecteur tourne en rond, ses clés de lecture se cassant dans la serrure. Habile manipulateur, ou adroit marionnettiste disons, Olivier Benyahya paraît prendre un malin plaisir à nous égarer. Si le lecteur consent à cet égarement, c’est parce que jusqu’au bout il sent bien qu’il fait partie du jeu. Eh oui : le labyrinthe n’a de sens que si quelqu’un y entre et accepte de s’y perdre. Ce que suggère très bien ce passage : « Le livre était comme un monde se dépliant sans finalité dramaturgique. Mais ce dépliement s’opérait sur le mode de la nécessité. Avec une urgence telle que votre attention s’en trouvait mobilisée ». Fausses pistes, faux-semblants, faux-nez mais, assurément, vrai suspense.
Alors au fil des pages nous avançons à tâtons ou à reculons, constatant d’infinies ramifications, de secrètes interactions et de souterraines intertextualités (il faut voir la riche bibliographie en annexe). Un texte dont le vrai sujet, au fond, est la complexité et les liens, fantasmés ou non, qui l’innervent. Complexité du monde tel qu’il nous apparaît, complexité du récit que nous en faisons, complexité, enfin et surtout, de cette opération qu’un verbe tout simple pourtant désigne : écrire. Si écrire n’était qu’écrire, ça se saurait. Voilà ce qu’Olivier Benyahya nous raconte à sa manière. Avec machiavélisme, avec virtuosité, avec un penchant pour le vertige.

Anthony Dufraisse

Frontières, d’Olivier Benyahya
Fayard, 205 pages, 18

Roman sans frontières Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°201 , mars 2019.
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