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Domaine français Arts du temps

mars 2019 | Le Matricule des Anges n°201 | par Richard Blin

Le nouveau roman de Louis Jeanne donne corps à la beauté de la langue et interroge la face cachée de la création.

Comme Dreuse (2012) et Clairières (2016), Le Bal sous la lune relève de la plus exigeante des entreprises et poursuit, au fil d’une approche aussi métaphorique que singulière, un questionnement essentiel sur l’écriture. Après douze années consacrées au service dévorant d’autrui, un homme, le narrateur, choisit de se retirer, de revenir à « cette valeur de ressource que peut être le retrait ». Incapable de supporter davantage les vues de ceux qui « glorifient l’ère comptable », justifient « la démesure des mécanismes économiques » ou font preuve d’une cupidité qui n’a d’égale que « le conformisme bas de leurs pensées », il rentre chez lui littéralement écœuré par les faux-semblants et les hypocrisies de la société. « J’étais revenu au jardin, comme on cherche un regard neuf, une nouvelle eau, un souffle renouvelé ».
Longtemps délaissé, ce jardin est devenu une matière brute, une friche avec laquelle il va lui falloir batailler dur. Un labeur lent, une lutte ancestrale destinés à ramener un peu d’ordre dans ce chaos, à retrouver les allées d’autrefois, à créer de nouveaux agencements. Car « ce qu’enseigne le jardin peut-être en premier lieu, c’est ce sens de l’héritage et de la recomposition, qui n’est pas reproduction mais construction sans table rase ». Parce que créer un jardin non conçu comme un espace d’agrément ni réduit à sa stricte fonction potagère, c’est donner vie à un lieu où l’on fabrique à partir de la matière végétale, où tout se crée avec le temps. C’est affronter la lenteur, s’opposer aux forces de la nature tout en sachant qu’elles auront toujours le dernier mot, « l’acquis étant toujours éphémère au jardin ». C’est se confronter à toutes sortes de temps, celui qui passe et celui qu’il fait, celui des retours et celui des immobilités apparentes tant le jardin appartient aux arts du temps – ceux qu’on ne peut appréhender qu’en prenant du temps, comme la musique et le roman.
Ce n’est donc pas par hasard que cet art du temps – qui est aussi un art où la nécessité et les contraintes engendrent, par surcroît, de la beauté – le narrateur se soit mis à le cultiver, à le conjoindre à celui de l’écriture alors même qu’il n’avait rien prémédité, se retrouvant à cet ouvrage « comme (il s’était) retrouvé au jardin », ce rendez-vous devenant aussi important que celui du jardin et le texte « se formant à la manière dont ce jardin avait grandi ».
Cette similitude entre le jardinier et l’écrivain, la façon dont l’écriture s’inscrit dans l’ordre des travaux et des jours, s’enlace au jardin, Louis Jeanne les rend sensibles au fil d’une écriture à la volupté suivie, faite de phrases longues, ondoyantes, qui flattent l’oreille sensuelle, déroulent leur coulée sonore, leur mouvement sans rupture ni à-coup comme si tout procédait de ce qui précède. Le lecteur est ainsi pris dans la fascination d’une syntaxe, d’un rythme, d’une voix, d’une poétique de la liaison qui tient d’une véritable esthétique du continu.
Mais la parole littéraire, le livre qui va naître, va conduire notre écrivain-jardinier à se frotter à la « société littéraire », l’obligeant à délaisser son jardin, à adopter une posture, à offrir en pâture un autre que soi, chacun lisant dans son livre « ce qu’il souhaitait y trouver », se comportant ainsi « comme ces visiteurs occasionnels de (son) jardin, ne voyant qu’une part du jardinier ». D’où une angoissante interrogation autour de l’incognito, du sentiment d’invisibilité, de ce que l’on connaît de soi, de ce que nous donnons à connaître à autrui. Un trouble bien douloureux que le retour au jardin qu’il a ressuscité va lui permettre de sublimer sous les auspices d’un féerique « bal sous la lune ».

Richard Blin

Bal sous la lune, de Louis Jeanne
Pierre-Guillaume de Roux, 112 p., 17

Arts du temps Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°201 , mars 2019.
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