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Histoire littéraire Post mortem

avril 2019 | Le Matricule des Anges n°202 | par Didier Garcia

Cinquante ans après sa disparition, Witold Gombrowicz nous revient, égal à lui-même, pour le meilleur mais surtout pour le pire.

Constitué pour les deux tiers de textes provenant des Varia I et II (Christian Bourgois, 1978 et 1989), et pour un tiers de textes encore inédits en français (lettres, articles, entretiens), ce florilège contribuera probablement à consolider l’image que Gombrowicz (1904-1969) s’est appliqué à donner de lui-même de son vivant : celle d’« un monstre qui se complaît dans le culte de son moi et profane ce qu’il y a de plus sacré ». Pour le dire autrement : ces quarante-cinq textes tendront surtout à confirmer la réputation d’auteur égotiste qui lui colle à la peau (les familiers de son œuvre ont sans doute encore en mémoire la quadruple répétition du pronom « Moi » par laquelle s’ouvre son Journal).
Des preuves ? Elles se ramassent ici à la pelle… Par exemple le texte qu’en 1937 il adresse à la critique afin d’éviter tout malentendu sur son roman Ferdydurke qui vient de paraître (lui indiquant de quelle manière il lui faut lire son texte afin de ne pas le prendre pour « un joujou quelconque »). Ou ces jugements « qui proclament que je ne suis pas un fou, mais un génie » qu’il n’hésite pas à brandir pour protester contre les mauvais traitements que certaines revues lui réservent. Ou la réponse qu’il formule à celui qui lui demande de quelle manière il travaille sur une pièce de théâtre : « Veuillez vous reporter à mon Journal. » Ou encore la mauvaise foi avec laquelle il se débarrasse de ceux qui l’accusent de s’occuper un peu trop de lui : « Eh bien oui, je m’occupe de mon moi, mais c’est parce que je suis moi  » (et plus loin d’ajouter : « Ceux qui disent que je m’occupe de moi-même ont certainement raison. Mais ils ont tort à mon sens d’affirmer que c’est mal, car l’Église catholique elle-même recommande à l’homme de s’occuper de lui. »).
Résumons-nous : dans ces pages, Gombrowicz est souvent imbuvable. Et même quand il ne parle pas explicitement de lui, il en fait suffisamment pour continuer à agacer. Ses jugements à l’emporte-pièce ont quelque chose qui met mal à l’aise. Nous apprenons par exemple que La Mort de Virgile d’Hermann Broch ou Ulysse de James Joyce « sont impossibles à lire », et que « tout y est parfait, profond, grandiose, élevé, mais ne retient pas notre intérêt parce que leurs auteurs ne les ont pas écrits pour nous, mais pour leur dieu de l’art ». La peinture, il la combat « à l’aide d’une cigarette ». Quant à la poésie, il tire dessus à boulets rouges : « la poésie sans aucun ajout, à l’état pur, est tout de même quelque chose de malsain et de peu naturel » (sa conférence « Contre la poésie », donnée le 28 août 1947 à Buenos Aires, où il vivait en exil depuis 1939, a fait scandale), et « L’homme qui se consacre uniquement à écrire des poèmes ne me semble pas tout à fait normal sur le plan vital – et un livre qui n’est composé que d’un grand nombre de poèmes ne me paraît pas non plus normal. »
Pour le reste, ce recueil fait la part belle à la littérature polonaise, qu’il a côtoyée de près (Bruno Schulz et Stanisław Witkiewicz en particulier, avec qui il considère avoir été « les trois mousquetaires de l’avant-garde polonaise d’entre-deux-guerres » – Gombrowicz a en effet vécu dans son pays natal jusqu’en 1939), ainsi qu’à l’écriture : « Je déclare donc à tout hasard, à titre préventif, que je suis un graphomane et que j’écris pour mon plaisir, par manie, de même qu’une vache mugit. » D’ailleurs, pour quelles raisons écrit-on ? « Pour se faire admirer, ou aimer, pour éveiller la sympathie ou bien la passion des gens. » En refermant ce florilège, nous sommes plutôt convaincus du contraire.
Didier Garcia

La Patience du papier, de Witold Gombrowicz
Traduction collective, Christian Bourgois, 304 pages, 20

Post mortem Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°202 , avril 2019.
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