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En grande surface Merde à celui qui le lira

avril 2019 | Le Matricule des Anges n°202 | par Pierre Mondot

Les François parlent aux Français. L’un, Ruffin, dans Ce pays que tu ne connais pas, interpelle le premier d’entre eux pour l’inviter à découvrir ces angles de l’Hexagone que le politique ignore. L’autre, Bégaudeau délaisse le président pour sermonner ceux qui l’ont élu et, en composant l’Histoire de ta bêtise, les coiffer d’un bonnet d’âne.
Avant ces philippiques, l’itinéraire de ces rebelles affichait déjà une similitude : les deux avaient accédé à la notoriété grâce au septième art. Avec Merci patron !, documentaire césarisé aux faux airs de fiction, Ruffin embobinait Bernard Arnault et ses cadres : en une succession de coups de bluff magistraux, il volait au secours de prolétaires picards mis sur la paille par une délocalisation sauvage. Avec Entre les murs, fiction palmedorisée aux faux airs de documentaire, Bégaudeau campait M. Marin, un prof de français vaguement arrogant et un peu aigri, personnage par lequel la difficulté d’inculquer la morphologie du subjonctif imparfait à des sauvageons parisiens recevait un touchant et salutaire éclairage. À travers ces films, chacun initiait une posture : ici Scapin, là Alceste.
« Pendant la campagne, je t’ai trouvé bête » : ainsi débute le soliloque vengeur de François Bégaudeau. Il faut patienter un peu avant que l’auteur ne nous dévoile l’identité de son ennemi imaginaire : « Tu es celui qui se reconnaîtra dans ce livre » (fastoche), puis « “Tu” est un bourgeois ». Cette bourgeoisie dont l’essai propose l’analyse occupe un territoire assez vaste : elle recoupe les frontières de la Macronie, en y incluant les malgré-eux du second tour.
Derrière cette généalogie de la bêtise transparaît celle de la colère de l’écrivain : depuis sa démission de l’Éducation nationale, il paraît que Bégaudeau tourne en rond. Comme de nombreux retraités, il regarde la télévision, fulmine, feuillette Les Inrocks ou Télérama, bout, écoute France Inter et dégoupille. Son travail fait écho au documentaire de ce Québécois abruti qui choisit de se restaurer exclusivement au McDonald’s dans le but d’avérer à la face du monde la toxicité des hamburgers. Le violon dans lequel le polémiste se soulage déborde depuis longtemps.
Avant de disséquer le Monsieur Prudhomme du XXIe siècle, notre enseignant défroqué juge cependant honnête de procéder à son propre examen. Il avoue déclarer 40 000  par an au fisc, mais posséder un train de vie « très en dessous de (son) patrimoine ». Par exemple, il a un « carton Franprix en guise de table de nuit ». Et, preuve irréfutable qu’il ne partage pas les goûts de sa classe, Karin Viard « l’érotise », car il aime « les corps populaires » (DSK itou). Sa démonstration convainc : il n’est pas bourgeois. Seulement snob.
Concluant sa diatribe, le romancier se radoucit et tempère ses exigences, émet modestement le vœu d’un monde moins uniforme, peuplé de personnalités moins prévisibles, « un plombier féru de Schoenberg », ou « un prof de gauche auditeur de RMC » (et Pierre Bergounioux, alors ?)
Passé la provocation du titre, Ruffin se montre plus civil que son homonyme et vouvoie le chef de l’État. Son essai met en parallèle son parcours et celui d’Emmanuel Macron. Les deux hommes fréquentèrent le même lycée à Amiens. Après quoi les chemins se séparent : fac de lettres, CFJ, presse écrite et radio pour Ruffin, Henri-IV, l’ENA, l’inspection des Finances et la banque Rothschild pour l’autre (on entend résonner le clavecin d’Amicalement vôtre). Mais les deux hommes partagèrent longtemps une même ambition littéraire : à 20 ans le jeune Macron « peaufine un roman d’aventures qui se déroule à l’époque précolombienne ». Et le député Insoumis, de railler : « Quels ouvrages avez-vous publiés ? Rien, aucun, le néant. Vous avez fait semblant. Du vent, (…) une vitrine avec le vide derrière. »
De nombreux commentateurs – ceux qui surnommaient Hollande « Flamby » ou ricanent aujourd’hui sur la perruque de Trump – ont bondi à la lecture d’une ligne : « Je dois avouer pire : votre tête ne me revient pas ». Pourtant, le portrait que brosse Ruffin se résume moins à une attaque ad hominem qu’à une critique ad legendum (ce qu’on nous force à lire). Il découd le récit lisse et éclatant distribué par les médias dont Niel, Pinault et Lagardère, principaux parrains du clan Macron, sont les propriétaires. On pourra parfois juger le trait grossier. Jamais autant que le cliché noir et blanc d’un président en maraude.
Les clowns enfarinés de LREM réclament des Augustes : Ruffin se montre plus efficace en bouffon qu’en héraut. Un point négligé par Bégaudeau dans son manifeste : les bourgeois craignent les chatouilles.
Pierre Mondot

Merde à celui qui le lira Par Pierre Mondot
Le Matricule des Anges n°202 , avril 2019.
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