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En grande surface Comme un goût de cendres

juin 2019 | Le Matricule des Anges n°204 | par Pierre Mondot

À l’entrée du grand magasin, au seuil de la zone dévolue aux marchandises culturelles, s’élève une pile de livres, presque un mur : le nouveau Marc Levy. On y range son chariot, circonspect. La cible semble facile, Busnel lui-même en médit. Une littérature indigeste, la lie des librairies. Chez McDonald’s, une nouvelle de l’écrivain est désormais offerte pour l’achat d’un menu Happy Meal (la lecture confère une touche de noblesse au plaisir fruste de la réplétion). Soupir. On vient à peine de terminer le dernier Musso. Le nom des deux auteurs se trouve souvent assimilé : mêmes records de ventes et même rejet des critiques vu que dans ce pays on passe son temps à dénigrer ceux qui réussissent. Faut-il pour autant qu’on les confonde ? Le désir de justice et la curiosité l’emportent. On veut savoir de quoi Levy est le nom et s’il vaut mieux que son rival. Et juré ensuite, on arrête.
Ghost in love… un roman. Prouesse du titre : la partie en anglais (en américain, en fait) rappelle au client la portée internationale de l’artiste quand l’article indéfini, placé avant la désignation générique, souligne la simplicité du produit et la modestie de son créateur. Je suis peut-être traduit dans une cinquantaine de langues, mais je me considère avant tout comme un artisan.
Une histoire de fantôme, donc. Non pas le poltergeist décrocheur de cadres revenu polluer le sommeil des vivants et exhumer d’anciennes querelles, non, disons l’ectoplasme conciliant, le passe-muraille pacifique, l’électeur patelin du Modem.
Thomas, « pianiste virtuose », mais impécunieux, soit l’exact contraire de Marc, occupe le premier rôle. Le moral est moyen. Son père lui manque depuis qu’il est mort et sa mère l’étouffe. À l’issue d’un concert, sa bonne amie lui annonce qu’elle le quitte. Comble de l’humiliation, elle justifie sa rupture avec une réplique de César et Rosalie : « Tu as été celui qui m’emmenait sans m’emporter, qui me tenait sans me prendre, qui m’aimait sans me vouloir » (un plan cul, quoi, nous souffle une voix intérieure d’origine inconnue et dont la grossièreté nous révulse). Réfugié chez sa mère et à la recherche d’une clope pour calmer sa nervosité, le jeune homme trouve « non pas des cigarettes blondes, mais six joints roulés de main de maître ». Et aussitôt après qu’il a bédave lui apparaît le spectre de Raymond, son géniteur. Le fils refuse de croire au fantôme, met son hallucination sur le compte de la weed maternelle. On rappelle qu’il se prénomme Thomas. Lorsqu’il réalise que son incrédulité menace la tension narrative, notre héros se ravise et accepte de négocier avec sa hantise.
Contre toute attente, le père ne s’est pas arraché aux limbes dans le but de dénoncer la corruption qui règne au royaume du Danemark, mais pour réclamer à son fils un petit service. Trois fois rien. Il s’agirait de prendre dans la semaine un vol pour San Francisco afin d’assister à la crémation de sa maîtresse, dérober l’urne funéraire et en mélanger les cendres aux siennes : « Camille n’a pas pu être la femme de ma vie, mais je veux qu’elle soit la femme de ma mort ». Sale soirée pour Thomas qui découvre coup sur coup la toxicomanie de sa mère et l’infidélité de son père, quelques heures seulement après s’être fait plaquer sur un air de Dabadie. Heureusement, il y a la fille de Camille, Manon. Elle apparaît au lecteur entourée d’une telle charge érotique qu’il n’est pas difficile de deviner que Thomas en tombera amoureux : « Elle portait un jean noir, une chemise blanche cintrée à la taille et un boléro crème qui ajoutait une touche élégante à son apparence délicate. » Et si ça se trouve, elle a de gros seins.
Le livre se compose en majorité de dialogues dont – paradoxe – le fantôme ne peut s’empêcher de déplorer l’inconsistance : « Tais-toi une seconde », « Que de paroles inutiles ! », « Ça ne te dérangerait pas de garder ce genre de conversation pour un autre jour ? », « Veux-tu que nous nous promenions en ville ou préfères-tu continuer à proférer des âneries ? » On appelle ça l’inconscient du texte.
« Avec une imagination pareille, vous devriez changer de métier et vous mettre à écrire », déclare Manon à notre héros. On ne saurait en dire autant de Marc Levy qui laisse son lecteur avec bon nombre de questions en suspens. Pourquoi mélanger les cendres ? Faut-il agiter l’appareil ou ajouter un ingrédient, comme du curcuma, des baies de Goji ? Comment expliquer le rajeunissement progressif de Raymond ? Y a-t-il une vie avant la mort ? Faut-il reconstruire Vincent Lambert à l’identique ?
Du duel Musso-Levy, le premier sort vainqueur haut la main. La postérité, en son inexorable autodafé, se chargera de confondre les urnes.

Pierre Mondot

Comme un goût de cendres Par Pierre Mondot
Le Matricule des Anges n°204 , juin 2019.
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