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Revue Lovay l’indien

juillet 2019 | Le Matricule des Anges n°205 | par Dominique Aussenac

La revue suisse Quarto présente les angles saillants, documents à l’appui, d’une œuvre unique.

Revue quarto numero 46 : jean-marc lovay

Jean-Marc Lovay (né en 1948) est pour la littérature de création d’aujourd’hui ce que Valère Novarina est pour le théâtre. La comparaison vaut autant pour la proximité géographique (du massif du Chablais au canton du Valais), l’un et l’autre ayant en effet un attachement quasi organique à l’espace, et notamment à la montagne, à toutes les langues qu’elle abrite, jusqu’aux gestes et rapports des hommes au dehors et aux animaux. Mais impérieusement aussi pour ce qui caractérise leur façon de concevoir et d’impliquer des régimes affolants de phrasés au sein d’une phrase, d’un paragraphe, d’un livre entier.
Lorsque Louis-René des Forêts reçoit pour le comité de lecture de Gallimard le manuscrit des Régions céréalières (1977), on imagine la stupéfaction des autres membres (aujourd’hui sans doute serait-il refusé sans détour), pourtant majoritairement convaincus : « la lecture de ce roman m’a, pour ma part, littéralement fasciné. Vous nous introduisez et nous entraînez avec une grande liberté d’invention dans un univers à la fois concret et fabuleux qui ne se laisse pas oublier. » S’il soulève la nécessité d’une relecture attentive (« car la langue n’est pas toujours irréprochable »), on sent la joie de Des Forêts d’avoir su et pu imposer cette voix déjà si singulière, jusqu’à l’impureté et les licences dont elle fit aussi sa dynamique. T. Samoyault présente d’ailleurs Les Régions céréalières comme le livre d’une écologie de la résistance, son « contre-monde » donne « forme à la fin des temps (et) relève d’une poétique singulière dont les procédés principaux sont l’emboîtement et la digression ».
Infatigable voyageur – le Mont Ararat en 67, l’Afghanistan, l’Asie, le Népal (années 70), puis la Suède, l’Australie, Madagascar (année 80-90) –, rétif à toute autorité (scolaire, il quitte l’école à 16 ans, militaire, sociétale), Lovay mêle la main à charrue à celle d’écriture, partageant l’une et l’autre, et ce depuis le retrait choisi en Valais, au mayen du Pinsec, écoutant, soignant, tuant parfois, les animaux qu’il élève, fabrique des boutons de bois pour les jours de marché, surveille le temps, les foins, le lait et les chèvres. Son écriture, de l’expérience des voyages, dont l’extraordinaire correspondance croisée (La Tentation de l’Orient, 1970) avec Maurice Chappaz que présente Fabien Dubosson comme un paradoxal mouvement entre sur-place et franchissements géographiques, au Journal de Pinsec (inédit), qui est une véritable mine de son laboratoire, est sans cesse transgressive, fantasque, mais toujours charnelle. Toutes les matières traversées sont décrites, de la fameuse polenta du livre éponyme (dont P. Schentjes analyse très justement les enjeux), jaune dur tournesol, à cette notation de 73 : « étrange vision des montagnes dans les brumes, dilatation des objets, du temps, des choses en bois, odeurs, tout cela est chaotique  ». L’« Arte povera » de son ontologie romanesque, J. David la définit « en trois modes d’existence des êtres ou des entités : l’actuel, le possible et l’impossible. Il y en a même un quatrième, (…), le “réel” ». Romans divagants aux visées éthiques puissantes, ceux-ci mobilisent, écrit-il, « le sublime », sans s’y complaire. « Et dans ce maintien d’un certain pan de réel (…) se joue, en deux temps, une politique de la littérature ». On ne pouvait mieux dire.

Emmanuel Laugier

Quarto N°46, 112 pages, 15 

Lovay l’indien Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°205 , juillet 2019.
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