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Poésie Vu d’ici

septembre 2019 | Le Matricule des Anges n°206 | par Christine Plantec

Avec Noir de l’Égée, Michaël Batalla fait de son tropisme grec un poème lucide sur l’exemplarité d’un peuple face au chaos migratoire.

Noir de l’Egée

Été 2015, mer Égée, île de Samos, des hommes et femmes « presque sans bagage » marchent le long de la route côtière. Plus tard, à l’embarcadère pour Athènes, c’est la mobilisation. Sur le ferry pour la capitale, toutes nationalités confondues, Grecs, migrants, touristes se parlent : la traversée installe une Babel heureuse. Fondu au blanc. Fin de l’avant-poème.
De cet avant-texte – qui est déjà le poème – naîtront trois parties en une langue bien particulière, pétrie du grec moderne, d’inventions typographiques, d’entorses faites à la ponctuation, de biffures comme si la langue française pouvait en être l’hôte sans pour autant se dissoudre. Belle démonstration !
Noir de l’Égée retient le lecteur et, à la fois, le maintient à distance. Il livre une expérience à l’image de ce qui se donne à voir et se dérobe dans le texte : l’observation renouvelée d’un lieu et son opacité, un réel dont on ne peut douter et son impossible preuve, l’horizon et sa courbure. Telle est « la situation Probablement mer Égée », c’est-à-dire « bleu sombre de la mer. / flots insolubles. Meltem incalculable /. et (…) / l’horizon noir unique / ligne de mythe pour laquelle autrefois – (…) nous risquâmes / le mot inconfusible ».
Inconfusible ? On ne peut en effet douter de l’horizon noir qui signe l’antique sensibilité grecque et celui de ce livre dont l’un des enjeux est de montrer, avec une grande pudeur, l’hospitalité d’un peuple désigné par l’Europe comme son cancre ; ladite Europe aux « . prudentes racines /. conscientes de ne jamais pouvoir atteindre / la profondeur atteinte par celles des vignes ». En exergue à l’ouvrage, les mots de deux grandes figures grecques nobélisées – Georges Séféris et Odysseus Elytis – nous rappellent que si l’homme est voué à l’errance et de l’autre à la nécessité d’habiter quelque part, cette oscillation perpétuelle n’est pas que tragique. Ainsi, on retiendra cette scène où, entre deux baraquements, l’horizontalité lumineuse d’une couverture figure la possibilité d’un dialogue entre deux hommes que tout sépare : « Il s’était levé / m’avait demandé d’attendre / avait repositionné sa couverture / s’était rassis. Eipe- Assieds-toi sur la couverture. j’ai quitté ma vie mais mon hospitalité est intacte. chez moi en Syrie. si tu étais venu. je ne t’aurais pas laissé t’asseoir par terre ».
Ailleurs, « le minerai sonore d’une ville » construit une dérive poétique dont Michaël Batalla nous transmet l’épaisseur sensible et foisonnante : « et dans les interstices / l’incessante circulation / le jaune des taxis / presque une ligne / le jardin national / petite toscane centrale ».
Mais cette parenthèse du belvédère de Lycabette est de courte durée car « ce que veut le poème » est tout autre. Or, comment déchiffrer une vérité que l’on sent mais qu’on n’aperçoit pas encore ? Consigner des notes dans le carnet, s’efforcer à l’exercice de « la scription de l’écho / de l’événement / de l’aurore », tracer des diagonales, des tangentes sur des cartes ? L’usage fréquent du conditionnel auxquels s’agrègent les repentirs d’un carnet « dont l’accent / languisto-lyrique sur les bords / est avec le temps / devenu irritant » dit délicatement la difficulté à témoigner de ce dont nous ne pouvons faire l’expérience que de manière théorique, intellectuelle ou imaginaire. Ici, l’objectivité d’une liste se montre tout aussi illusoire que la volonté empathique de dire la souffrance de l’autre : « Les formes du désespoir ici présentées / me sont inaccessibles ». Cependant, en évitant « la saturation / de la métaphore de l’horizon noir », Noir de l’Égée prend le risque d’une parole juste car exposée à sa propre fragilité.
Christine Plantec

Noir de l’Égée, de Michaël Batalla
Nous, 67 pages, 12

Vu d’ici Par Christine Plantec
Le Matricule des Anges n°206 , septembre 2019.
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