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Domaine français L’appel de la forêt

octobre 2019 | Le Matricule des Anges n°207 | par Richard Blin

Avec Les Grands Cerfs, l’histoire d’une initiation doublée d’un émerveillement, Claudie Hunzinger nous offre un livre de grand air, un hymne à la nature et une ode à la liberté.

Claudie Hunzinger a l’art de saisir les choses dans l’éclat de leur apparition et l’aura de l’instant. Elle sait ancrer l’écriture dans la réalité sensorielle immédiate et ce à partir de son expérience profonde d’un monde qu’elle a voulu, avec son mari, lorsqu’au milieu des années 1960, ils décidèrent de vivre dans une ancienne métairie de montagne, « sans eau courante, sans chiottes, sans salle de bains ». Une « décision poétique » privilégiant le « je » singulier au « nous » politique, et répondant à un désir d’aventure et d’impossible. « C’était l’impossible qui était intéressant. » Un lieu où le couple vit toujours, et qui change de nom de livre en livre, une fois Bambois, une fois La Survivance, et cette fois, dans Les Grands Cerfs, Les Hautes-Huttes.
C’est sur ce territoire sauvage, dans cet « îlot non amalgamé », ce lieu d’exil et d’extase, que Claudie Hunzinger fait vivre Pamina et Nils, une sorte de double de son propre couple. Un soir, alors qu’elle regagne les Hautes-Huttes, Pamina voit soudain dans ses phares « un tonnerre de beauté » traverser le chemin d’un bond, « pattes rassemblées, tête et cou rejetés en arrière, ramure touchant le dos, proue du poitrail fendant la nuit ». Subjuguée par la magnificence de ce cerf, elle va se rapprocher de Léo, « un garçon indéchiffrable », un amoureux des cerfs, qui leur donne tout son temps et les photographie. Il a installé une cabane d’affût sur leur terrain parce qu’il sait qu’il est une zone de gagnage et de refuge pour un clan de cerfs dont il connaît tous les membres. Il leur a donné des noms – Wow, Apollon, Arador, Geronimo – et se demande chaque année, au retour du clan, lequel ou lesquels allaient manquer, tirés ou braconnés. C’est lui qui va donner à Pamina les clés de ce monde farouche et sauvage, l’initier à l’observation, lui apprendre à pister les cerfs, à s’avancer au plus près d’eux. Elle, qui savait les alentours de sa maison régulièrement traversés de « masses rouges, d’éclairs noirs, d’agilité, de splendeur », va ainsi pouvoir aller à la rencontre de ces présences qui savent l’art de se rendre invisible et portent sur la tête une forêt qui leur donne une sorte d’aura sacrée.
Mais pour ça il faut savoir se poser à bon vent, affronter les intempéries, « disparaître en restant là ». Être le corps aux aguets, n’être plus qu’à ce qui se passe. À la joie de contempler les cerfs, d’habiter le même territoire qu’eux, Pamina ajoute le désir de les rejoindre, et le « délice de ne pas se sentir assigné à résidence dans le genre humain ». Elle voudrait connaître leurs pensées, dormir dans leurs yeux, écouter dans leurs oreilles, bondir dans leurs muscles et voir avec leur regard les lieux où elle vit.
Hantée et entêtée de cerfs, fascinée par cet autre monde « bruissant d’intelligence et de mouvements secrets », elle va se retrouver prise entre deux camps adverses, l’Office national des forêts et la confédération des chasseurs. L’ONF, qui reproche aux cerfs de « bouffer » les arbres, et qui décide de coupes ne respectant ni les zones de mise-bas ni des places de brame. Qui organise des comptages afin de déterminer le nombre de cerfs et de biches à tirer, et donc le nombre de bracelets à attribuer aux chasseurs. Des assassinats légaux qui la révoltent et lui font détester les riches adjudicataires des lots de chasse, « qui aiment tant exhiber leurs trophées ». Comment peut-on accepter que disparaissent les cerfs  ? Que « la splendeur d’exister  » de ce peuple ne soit que « la promesse de son anéantissement » ? Et Pamina de méditer sur les relations entre l’homme et l’animal.
Claudie Hunzinger dit, dans un entretien – publié dans le N°42 de la revue Les Moments littéraires – qu’elle sent dans son corps « le rétrécissement des espaces et de la sauvagerie ». C’est qu’elle est persuadée que le monde a « la peste », que nous vivons un moment charnière de l’histoire de notre humanité, que nous sommes entrés dans « la sixième extinction de masse », l’un des préludes de la Fin. « En dix ans, quelque chose autour de nous, une invention, une variété des formes, une extravagance, une jubilation d’être qui s’accompagnait d’infinis coloris, de moirures, d’étincelles, de brumes, tout ça avait disparu pour laisser place à un monde simplifié, appauvri, uniformisé, accessible aux foules et aux masses où les goûts se répandaient comme des virus. » D’où ce livre qui procède autant de la douleur que de l’émerveillement, qui clame l’amour de ce qui est resté libre et sauvage, à l’image de ces seigneurs que sont les grands cerfs.

Richard Blin

Les Grands Cerfs, de Claudie Hunzinger
Grasset, 192 pages, 17

L’appel de la forêt Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°207 , octobre 2019.
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