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Domaine français Enjamber la flaque où se reflète l’enfer

janvier 2020 | Le Matricule des Anges n°209 | par Catherine Simon

Enjamber la flaque où se reflète l’enfer

Édité il y a quelques mois, le récit que fait l’écrivaine Souad Labbize de son enfance blessée, dans l’Alger des années Boumediene (1965-1978), est l’un des textes les plus forts, les plus saisissants jamais écrits – en arabe et en français – sur le viol et sur ce qui fonde le silence d’une société : le déni. Déni de la victime, dans son humanité, déni de l’infinie douleur infligée. Grâce à quoi le crime peut se perpétuer, en toute légitimité, de génération en génération. Car violer n’a rien d’interdit dans l’Algérie de cette époque : les hommes et leur sexe-roi ont tous les droits. C’est dire qui est tabou.
En 1974, quand la narratrice, âgée de 9 ans, est violée dans un couloir d’immeuble, après avoir été accostée dans la rue par un inconnu, elle reçoit, dès son retour chez ses parents, l’ordre de se taire et de mentir. La faute, c’est elle. Le viol est une honte pour celle qui le subit. Alors, d’instinct, la petite camoufle : non, elle n’a pas été violée, elle a réussi à s’enfuir à temps. « Refoulés à la source », les mots mettront plus de quarante ans pour faire surface : jusqu’à ce livre, bref comme un cri.
Ce que la petite a subi n’est pas un accident. Le viol et les violences sexuelles se sont répétés, raconte-t-elle : dans le hall de son immeuble, par de jeunes voisins ; par un cousin, par un gardien de piscine… Sans parler des attouchements dans les bus bondés ou des exhibitionnistes que la rue tolère. Il s’agit d’un système. Et Souad Labbize le dit fort bien : « Mon pays est une prison où le quartier des femmes est délimité par de hauts murs (…). Si tu tentes l’aventure hors de ces murs, hyènes et charognards se battront pour une parcelle de ta peau », écrit l’héroïne de J’aurais voulu être un escargot (roman édité pour la troisième fois en 2019, éditions des Lisières). Enjamber la flaque où se reflète l’enfer est à la fois un témoignage et le portrait au vitriol de l’Algérie où l’auteure a grandi. Il faut l’écouter et l’entendre. Et pas seulement le vendredi…

C. S.

Enjamber la flaque où se reflète l’enfer, de Souad Labbize, édition bilingue français-arabe, éditions iXe, 108 pages, 6,50

Le Matricule des Anges n°209 , janvier 2020.
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