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Domaine français Salauds de ploucs !

mars 2020 | Le Matricule des Anges n°211 | par Thierry Cecille

Au lendemain de la Libération, les jeux n’étaient pas encore faits : Jean Meckert raconte avec force quelques épisodes de l’Épuration qu’on dit sauvage.

Nous avons les mains rouges

« Si en 1944, on avait, en général, strictement châtié, on ne rougirait pas de faire quotidiennement la rencontre, aujourd’hui, sans le moindre malaise de leur part, d’hommes déshonorés, de gredins ironiques, tandis qu’un personnel falot garnit les prisons (…). La vérité est que la compromission avec la duplicité s’est considérablement renforcée parmi la classe des gouverneurs » : ainsi parle René Char, hier encore Capitaine Alexandre, dans un billet à Francis Curel, ami rescapé des camps (in Recherche de la base et du sommet). Sans doute furent-ils nombreux, parmi les résistants, à résister au retour à l’ordre que le pouvoir gaulliste et ses alliés voulaient imposer. Ils n’avaient pas seulement lutté contre l’hitlérisme, ils avaient rêvé, certains méthodiquement, à un monde meilleur pour l’après, pour les mois et les années qui suivraient la Libération. Jean Meckert fut sûrement de ceux-là : écrivain reconnu dès 1942 pour son roman Les Coups, publié chez Gallimard, il participa à la Résistance, rejoignant le maquis dans l’Yonne. En 1947, il publie Nous avons les mains rouges, qui nous transporte dans une province française indéterminée, où quelques-uns s’entêtent à considérer que la guerre n’est pas terminée.
Nous sommes tout d’abord surpris : Laurent, le personnage principal, sort de prison pour un homicide involontaire, une bagarre qui a mal tourné, et rencontre par hasard M. D’Essartaut, propriétaire d’une scierie, qui l’engage à l’essai. Ce dernier, étonnamment, ne cesse de s’exprimer par « réflexions, symboles, paraboles, maximes et autres aphorismes ». Il a auprès de lui deux jeunes filles, dont l’une est sourde et muette, et un acolyte, « le grand Armand », qui semble une sorte de bête brute et peu loquace. Nous apprenons vite, cependant, de quoi il retourne : M. D’Essartaut est en fait le chef d’un groupe de maquisards qui n’ont pas accepté de rendre les armes et poursuivent ce qu’ils présentent comme une tâche d’assainissement contre « l’actuelle pourriture de notre pauvre société  ». Laurent, progressivement, se joint à eux, participe à leurs actions (agressions pour l’exemple, plastiquages, extorsions pour s’assurer un « fonds de roulement  ») et, en même temps, est attiré par l’innocence de Christine, avec qui il instaure un dialogue de regards et de courts billets – tandis qu’Hélène, la sœur aînée, veille.
L’écriture est nette et efficace, qu’il s’agisse des courtes descriptions de ce paysage de moyenne montagne, où la beauté de la nature parfois rassérène, ou des portraits de ces individus aux personnalités diverses, qui souvent s’affrontent. Les dialogues, en effet, parviennent à préciser les enjeux, politiques et moraux, qui les animent, sans jamais s’appesantir, tourner à la tirade invraisemblable. Il n’est pas étonnant que Jean Meckert ait lui-même, ultérieurement, fait de ce roman une pièce de théâtre – qui fut donc jouée en ces années où Sartre, lui, proposait ses Mains sales, traitant du même thème. La question cruciale est bien celle-ci : jusqu’où peut-on aller dans « l’action directe », le « nettoyage  » ? La Résistance a fait d’eux des combattants, parfois impitoyables, mais ne risquent-ils pas de devenir des assassins, des « tueurs » ? L’un d’eux formule ainsi ce qui s’apparente en définitive à un dilemme : « Nous avons les mains rouges ! Il nous faudrait un bain de justice et de pureté pour les laver  ». Même s’il y a «  des sacrées gueules de vaches à casser  », Laurent craint de devenir ainsi « un bourreau ».
Dans La Traversée de Paris, on s’en souvient, le personnage que joue Jean Gabin s’exclame, à l’adresse de cafetiers profiteurs et lâches : « Salauds de pauvres ! » Les pages les plus fortes sont peut-être ici celles où est dénoncée, face à la «  race des insurgés  », la « race plouc » : quelle que soit leur classe sociale et quelle que soit l’époque, « les prolifiques, la vomissure jouisseuse et égoïste, la race hargneuse dans le quotidien, amorphe dans les grandes choses, vindicative et intéressée, souple, roublarde, larmoyeuse et méchante  ».
Thierry Cecille

Nous avons les mains rouges, de Jean Meckert
Joëlle Losfeld, 312 p., 12,80

Salauds de ploucs ! Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°211 , mars 2020.
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