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Domaine français L’apprentissage d’une province

mai 2020 | Le Matricule des Anges n°212-213 | par Camille Cloarec

Expatrié à Montréal, Pierre Terzian découvre le monde singulier des garderies, afin de gagner sa vie. Une année de labeur, entre tendresse et dureté.

Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu

Un enfant ne se laisse pas rencontrer. Tout est accident. Accrochage. Greffe instantanée. » Tel est le constat de l’auteur, qui ne dispose pas à son arrivée d’une expérience significative dans le milieu de la puériculture. Ni du Québec, d’ailleurs. Il est Français, écrivain et metteur en scène, engagé dans la société. Le voilà désormais catapulté de garderie en garderie, à pallier les burnouts des employé.e.s. Ce dernier, « la raison d’être du remplaçant (…) comme la gastro, en plus méchant », provoque manifestement une hécatombe au sein du personnel. Il est « comme un spectre. Toujours dans l’air. Imprévisible. Il est le lot commun des garderies. Incontournable, comme la puberté. Comme une épidémie zombiesque ». Il faut dire que le travail est éreintant. Il s’agit de gérer un groupe d’enfants aux prénoms plus ou moins poétiques (Olivia-Juliette, Aimyle, Nirvana), lesquels sont parqués dans des groupes aux dénominations tout aussi lyriques (les Écureuils, les Renards, les Pingouins), du matin jusqu’au soir.
Les activités se succèdent avec un rythme effréné. Il y a les histoires à raconter, le passage obligatoire aux toilettes à surveiller, la petite sortie rituelle et risquée dehors à encadrer, la collation copieuse à partager, la sieste bénie à présider, et surtout, les jeux à animer. Ces derniers sont la clé de tout. « Plus importants que la vie », ils apparaissent être à la fois « une seconde vie, un vivarium, une colonie de manchots, un Black Friday Chaos, un tableau de Bosch ». C’est au cœur de l’agitation tourbillonnante qu’ils suscitent que Pierre Terzian puise son énergie et son inspiration. Son oreille traîne à la recher- che de phrases jetées çà et là, tantôt loufoques, tantôt émouvantes. Il a l’œil pour les petits éclats de beauté que chaque enfant est susceptible de produire. Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu, dont le titre reproduit la réflexion d’une certaine Héléna, est ainsi un condensé de fragments de vie et de liberté.
Des personnages se détachent de la cohue générale. Lulu l’agitateur, à la maman alcoolique et débordée, arrive en tête. Yaya l’ingérable aussi, qui a ramené du Congo tout un tas de traumatismes l’empêchant de se fondre dans la masse. Et Feng, une petite Chinoise dont l’autisme n’a pas encore été diagnostiqué. Derrière cette galerie de portraits, d’innombrables familles et cultures se dessinent. L’auteur se familiarise par la même occasion avec sa ville d’adoption. La multiculturelle et populaire Montréal, plongée dans un hiver interminable, hantée par les expatrié.e.s français.es plus ou moins supportables, est la protagoniste de cette mosaïque enfantine. Alors que le narrateur vogue de quartier en quartier, de garderie en garderie (les riches, les anglophones, les alternatives, les autochtones, tout y passe), il pénètre dans un monde de grande précarité, aux addictions nombreuses, au froid polaire et au passé migratoire. C’est « la découverte du Québec à travers ses femmes et ses enfants », en quelque sorte.
Parallèlement, un voyage à travers la langue française s’opère : le québécois, influencé par les langues maternelles de chacun.e et par quelques maladresses propres aux enfants, habite son quotidien et son écriture (ses cache-cous, ses mitaines et ses rigodons, par exemple). Derrière ce patchwork d’anecdotes, de citations, d’impressions et de réflexions, Pierre Terzian rend hommage à « ces éducatrices, ces enfants d’origine arabe, chinoise, latino, ces parents qui gardent la face » qu’il a côtoyés tout au long de l’année, et qui ont donné naissance à cette « couillonnade transcendante » qu’est Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu.

Camille Cloarec

Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu, de Pierre Terzian
Quidam éditeur, 236 pages, 20

L’apprentissage d’une province Par Camille Cloarec
Le Matricule des Anges n°212-213 , mai 2020.
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