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Zoom Voyage au centre de la terre (bis)

octobre 2020 | Le Matricule des Anges n°217 | par Martine Laval

Publié il y a plus d’un siècle, La Machine s’arrête, bijou d’anticipation, décrit de façon imparable notre monde d’aujourd’hui.

La Machine s’arrête

L’humanité, dans son désir de confort, avait dépassé ses limites. Elle avait beaucoup trop exploité les richesses de la nature. Avec calme et complaisance, elle sombrait dans la décadence… » Ces quelques lignes qui collent à notre actualité ont été publiées en 1909. La belle clairvoyance que voilà surtout énoncée ainsi avec ce flegme ou ce talent tout britannique, celui de l’écrivain Edward Morgan Forster, auteur entre autres de Howards End (qui donna au cinéma Retour à Howards End de James Ivory).
La Machine s’arrête est un tout petit livre, une nouvelle d’avant-garde, un bijou d’anticipation à la narration élégante qui fustige la notion de progrès et raconte un monde totalement déshumanisé. La nature est détruite, la planète n’est que ruines. Quelques élus vivent sous terre, tout est régi, ordonné par la Machine, une technologie qui a pris le pouvoir sans aucune contestation ni résistance… E. M. Forster peint une société uniformisée de Londres à Pékin, les individus vivent chacun dans une cellule, sur un fauteuil aux nombreuses manettes, leurs corps, peu sollicités, s’atrophient. Tout est artificiel, l’air, la lumière, même « la paix est artificielle ». Ils ont une confiance aveugle en la Machine qui anticipe leurs besoins, nourriture, sommeil, etc. La solitude est la norme « Les gens ne se touchaient jamais les uns les autres » mais ils sont reliés entre eux par un écran bleu et « des tuyaux acoustiques ». Ils disent avoir de nombreux amis (sic !) et se parlent énormément… Ils sont serviles et sereins, ils sont « d’une génération absolument incolore, une génération angéliquement lavée des souillures de la personnalité ». Forster, en ce début de siècle qui verra bientôt le carnage de la Première Guerre mondiale mais aussi l’essor du capitalisme industriel, imagine le téléphone, Internet, Facebook, imagine les pièges de la technique, du soi-disant progrès. Il ne précise pas comment sont faits les bébés, chaque lecteur est libre d’y voir le pire, mais ajoute que s’ils sont trop forts ou musclés à la naissance, ils sont éliminés… Évidemment, l’euthanasie va de soi, il suffit d’en faire la demande. Dans ce monde bien propret (!), Forster met en scène une femme et son fils que tout sépare. Elle, est égoïste, réglée comme une automate dans sa « non-existence », femme objet obsédée par sa production « d’idées » – idées que Forster, démoniaque, range parmi les biens de consommation courante. Lui, est soucieux du monde d’avant, de l’autre, avoue vouloir s’évader de cette prison souterraine. La mère le rejette : « A sa pitié se mêlait du dégoût. Elle avait honte d’avoir donné naissance à un tel fils, elle qui avait toujours été si respectable et si pleine d’idées. » Mais voilà que la Machine s’enraye…
Entre tendresse façon Charlie Chaplin des Temps modernes et désillusion politique, E. M. Forster nous lance une alerte… Peut-être tout n’est-il pas perdu, peut-être.

Martine Laval

La Machine s’arrête
E. M. Forster
Traduit de l’anglais par Laurie Duhamel
Relectures de Ph. Gruca et P. Thiesset
L’Échappée, 110 pages, 7

Voyage au centre de la terre (bis) Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°217 , octobre 2020.
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