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Essais Rattus bibliophilus

janvier 2021 | Le Matricule des Anges n°219

Le recueil d’essais de Jan Baetens tient autant de la critique littéraire que de la métaphysique du livre.

S’il y a un réflexe qu’on ne rédimera pas chez l’être humain, c’est bien celui d’exprimer le plaisir qu’il éprouve à parler de ses livres. Vous aurez remarqué d’ailleurs qu’il ne se passe pas un mois sans que la librairie ne s’enorgueillisse d’un nouvel étal au rayon Bibliophilie-logie-folie. Dans les formats les plus divers, de l’essai érudit à la flânerie désinvolte, lectrices-lecteurs, chercheuses-chercheurs, critiques, blogueuses-blogeurs, éditeurs, et les écrivains eux-mêmes, font mettre sous presse des éloges ou des commentaires sur leur vie au cœur de « ma bibliothèque », ce vaste charnier dont on se croit tous un jour ou l’autre propriétaire. Ces guides de voyages en pays papetier, dont, la plupart du temps, Montesquieu, Nodier, Paulhan, Apollinaire, Manchette ou Chevillard faisaient déjà la politesse, ne seront jamais inutiles : ils stimulent le désir de livre. Et tout lecteur du Matricule des anges est bien placé pour savoir combien il est bon de s’approvisionner en lectures fraîches. L’irruption de Comme un rat – de bibliothèque, se permet-on d’ajouter – du Belge Jan Baetens, vient nous apporter sa confirmation.
Ce recueil d’essais produits par un lecteur savant (il est universitaire) a le triple mérite de parler des livres avec pertinence, subtilité et simplicité, ce qui n’est jamais une évidence, loin de là. Mais chez Baetens, la bibliothèque a tant imprégné le bonhomme qu’elle est tout intérieure. Aussi bien, il a passé le tamis, fait le tri, et apparemment congrument. On parie d’ailleurs que comme tous les gros lecteurs il passe beaucoup de son temps à réfléchir à la façon d’organiser l’amas, de la désignation des pièces retranchables aux privations insupportables. Car c’est le lot de tout lecteur « professionnel » entassant les lectures à venir dans ce logement qui, le plus souvent, n’est pas un château. Aussi a-t-il réservé ses Fargue et ses Henri Thomas, tout Gracq et tout Larbaud. Et comme c’est un jouisseur, il s’est bien gardé de jeter ses Maurice Dekobra. Idem, il a conservé par-devers lui Bernard Frank, et, parce qu’il a des goûts d’esthète il a sous le coude les fictions de Jean-Benoît Puech (et hétéronymes) et de Michel Lafon, qui bénéficient d’une position privilégiée due à un processus de maturation que chaque amateur de livres subit : « Jamais je n’ai eu de livre préféré, ni d’écrivain que je mets au-dessus des autres. Mes goûts changent, les nouveautés et l’inconnu m’attirent comme à vingt ou trente ans. J’adore oublier. Mais je veux aussi comprendre pourquoi il y a des textes et des auteurs que rien ne chasse. »
Les affinités électives ne désignent cependant pas Comme un rat pour un livre bénin, bien au contraire, car il tient de la critique littéraire, et même de la métaphysique du livre. Car à quoi est-il utile celui-ci ? Et pourquoi le serait-il ? Mais : quelle est l’utilité des erreurs ? Et peut-on écrire sans allusion ? Là, Jan Baetens trouve le temps d’interroger la production du livre, le format de poche, le livre pauvre cher à Adrienne Monnier, le monde culturel et ses habitus. Puis il célèbre « Les timbres-poste de l’exotisme » de Gilles Lapouge, décrypte son propre « primo-roman », Faire sécession (L’Herbe qui tremble, 2017), évoque encore quelques films, des œuvres graphiques, dont les gravures de Frédéric Coché, John Updike et puis les Potassons qui entouraient Fargue en compagnie de l’auteur de Bibi-la-Bibiste, Raymonde Linossier, enterrée à Valence après une très courte vie. Une noria en si peu de pages…
Lire et découvrir, joie de relire. C’est l’opportunité que nous offre tout lecteur convaincu par le leurre de la rêverie, ému par la fiction de certaines des pages qui lui passent entre les mains. « Réjouissons-nous que les livres acceptent de nous suivre et de nous guider, puisque se perdre est non moins délicieux que de se retrouver. » Pas rat, Jan Baetens partage.

Éric Dussert

Comme un rat
Jan Baetens
L’Herbe qui tremble, 181 pages, 15

Rattus bibliophilus
Le Matricule des Anges n°219 , janvier 2021.
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