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Domaine français L’homme aux semelles de sable

janvier 2021 | Le Matricule des Anges n°219 | par Dominique Aussenac

Dans un très intime et intense récit, Emmanuelle Favier interpelle le fantôme de Roberto Bolaño.

Les Funérailles de Roberto Bolaño

Depuis sa mort d’un cancer du foie, le 15 juillet 2003, des torrents d’encre ont coulé, une ferveur étrange s’est déclarée, un véritable culte lui est voué. Pareillement à ceux d’Arthur Rimbaud, voire de Jim Morrison, les lecteurs inconditionnels de Roberto Bolaño se sont mués en idolâtres. Le surprenant natif de Santiago du Chili en 1953, « romancier chilien, poète mexicain, apatride espagnol » portait-il, lui aussi, des semelles de vent ? Bien que le sable lui convienne beaucoup mieux, omniprésent dans toute son œuvre et sous lequel ses héros s’enfouissent tel ce loueur de pédalo sud-américain, brûlé, couvert de cicatrices et amateur de jeux de stratégie du Troisième Reich (Bourgois, 2010). Dans ses errances, ses traversées des déserts, sa manière infra-réaliste de fusionner vie et littérature, de progresser avec le bien et le mal, n’élargissait-il pas les traces du célèbre trafiquant d’â(r)mes ? Rimbaud fait partie de ses hétéronymes : Arturo Belano est un des héros des Détectives sauvages (2006). Tandis qu’un de ses premiers ouvrages Conseils d’un disciple de Morrison à un fanatique de Joyce (2009) évoquait le roi Lézard dont dans sa démarche, son écriture, il adoptait le côté sexy de petite frappe, gouape rebelle, grande gueule, insupportablement provocatrice.
À défaut d’ossements déterrés et vénérés, ses admirateurs se rendent en pèlerinage sur les lieux bolaniens ou bolanesques. Blanès, près de Barcelone, station balnéaire sans véritable charme où il fut gardien de camping, vendeur de bijoux de pacotille, fait figure de Mecque, voire de Père-Lachaise. Ce qu’énonça joliment Hedwige Jeanmart dans son roman éponyme (Gallimard, 2014).
Emmanuelle Favier, née en 1980, poétesse, nouvelliste, romancière, a écrit une thèse sur Rimbaud. Correctrice-relectrice à Mediapart, elle a enquêté au printemps 2020 sur la présence du Chilien, de ses textes en France, où il fut pratiquement inconnu avant son décès (Le Matricule des anges a publié l’un de ses premiers et très rares entretiens hexagonaux). Dans son petit et touchant hommage, elle confesse : « Le jour où Roberto Bolaño fut incinéré, j’avais 23 ans. Je ne connaissais de la Catalogne que quelques plages brûlantes, quelques chambres d’hôtel aux draps blancs et aux fenêtres percées de bleu pur. Quelques villages abandonnés de Dieu – auquel je ne croyais pas –, végétant dans la puanteur et le hurlement des porcs. Quelques dîners de paëlla, de crème et de mauvais vin. Je n’avais encore jamais entendu parler de Roberto Bolaño, et ne songeais pas à lui proposer mon foie. » Elle lut Nocturne du Chili (2002) sur un voilier en partance pour l’Irlande. « Je ne compris rien. » Comme si elle avait assis la beauté sur ses genoux et l’avait trouvée trop amère. « Le livre parlait, comme je ne le saisis qu’aujourd’hui, de dictature chilienne, d’oubli ou d’omission, de torture et de destruction, de nausée, de mauvaise conscience et d’amour de la littérature, une littérature qui échoue à se repentir, à se résumer, à se dresser contre ce que Bolaño appelle la tempête de merde du mal. »
Des révélations, nous n’en trouverons pas ici. Le fait que Bolaño s’enfile des litres de camomille en écrivant étonne ! On eût pu imaginer des fûts de manzanilla. Emmanuelle Favier nous parle de proximité, de frôlement, d’élévation, de sa construction d’écrivaine, de sa brûlure bolanienne, de ses rêves du fils du boxeur-camionneur qui dans sa propension à laisser des pointillés biographiques semble avoir toujours voulu se créer une légende, une panoplie d’écrivain maudit. Bolaño ne lui répondra pas, mais tout en écrivant, elle pourra toujours continuer à égrener du sable pour lui. « Convoquer Roberto Bolaño expose à un surplus de réel qui n’est pas le fantastique, qui est la magie dans le pur réel. »

Dominique Aussenac

Les Funérailles de Roberto Bolaño,
Emmanuelle Favier
La Guêpine, 58 pages, 14

L’homme aux semelles de sable Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°219 , janvier 2021.
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