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avril 2021 | Le Matricule des Anges n°222 | par Jérôme Delclos

Huit petits chefs-d’œuvre du prolifique nouvelliste américain O. Henry (1862-1910).

Les Hypothèses de l’échec

De Villon à Guyotat en passant par Sade, Dostoïevski, Genet et quelques autres, le bon écrivain tire toujours profit d’un séjour carcéral. Prenez ce fils à papa de Thoreau : une seule nuit en cellule et il s’empresse, maudissant son idiote de tante qui a payé la caution, de déposer à grand bruit le brevet de la désobéissance civile. William Sidney Porter n’est pas moins avisé : accusé d’avoir étouffé mille dollars à la banque qui l’employait, Porter s‘éclipse au Honduras, s’y lie avec un voleur de train et invente le terme de « république bananière ». Revenu au Texas en urgence pour l’enterrement de sa femme, il est pris, incarcéré dans un pénitencier de l’Ohio. Cette résidence d’auteur de trois ans et trois mois aux frais du contribuable lui fournira une mine d’histoires et de personnages de voleurs, fraudeurs, escrocs, pistoleros nostalgiques de l’Ouest sauvage finissant. Propulsé dans le New York du vingtième siècle lors de sa levée d’écrou en 1901, Porter signera sous le nom d’O. Henry, outre des poèmes et une riche correspondance, 381 nouvelles avant de mourir ravagé par l’alcool en 1910.
La première nouvelle du recueil, « Les Hypothèses de l’échec », donne son titre à cet ensemble de huit superbement illustré par Stéphane Trapier. « Histoires d’impostures et de fatalité, de coïncidences et de perfidies », indique la quatrième de couverture. S’agissant de la fatalité, Bob Ditball dans « Les Chemins de la vie » déclare à son associé Dodson-le-Requin : « C’est pas les chemins qu’on prend, c’est c’qu’y a à l’intérieur de nous qui nous fait devenir comme ci ou comme ça ». L’argument pénétrant d’une balle de.45 viendra réfuter cette tête pensante qu’est Ditball, tandis que la chute de l’histoire, par un subtil biais, lui donnera raison à titre posthume. C’est que la nature humaine est alambiquée, comme l’est la vie malgré l’obstination de certains à croire encore en une logique. Là-dessus, « Les Hypothèses de l’échec » et « Question de niveau » nous éclairent de façon magistrale. L’échec dont il est question dans la première nouvelle est en apparence celui des aspirants au divorce qui consultent « Maître Gooch », lequel, s’inspirant de la construction des paquebots, a conçu son cabinet d’avocat en y aménageant des pièces « étanches », où il peut isoler chaque client – le mari, la femme, l’amant – pour mieux les entourlouper. Mais son système n’est pas sans faille, et l’échec pourrait bien devenir le sien. Dans « Question de niveau », les manœuvres d’un admirateur pour séduire la cantatrice qu’il idolâtre le conduiront à la sauver d’Indiens mélomanes et kidnappeurs. C’est incidemment ce rapt redoublé qui s’avérera avoir retourné sa passion comme un gant, en révélant ou bien, pour paraphraser Ditball, « l’intérieur de nous » (celui du fan ou de la diva, la chute laissant entière la question), ou bien ce en quoi la contingence a changé les personnes (le regard du fan, ou ses manières à elle). Et ce sont ces finesses qui font le charme d’O. Henry, plus proche, dans sa légèreté, d’un Alphonse Allais que d’un Ambrose Bierce. On rit ou sourit à chaque page, dans le fait aussi que les personnages y sont raisonneurs, échafaudent d’impeccables « hypothèses de l’échec », d’improbables stratégies de séduction (« La Théorie du Chien »), de fumeuses méthodes de déchiffrage (« Le Code de Calloway ») où un état-major de guerre énonce gravement un dilemme digne de Groucho Marx : « Ou bien c’est un code, ou bien c’est une insolation ».
Mais c’est surtout le réel qui escamote les choses, ce que fait O. Henry lui-même avec son lecteur. D’où, en écho sans doute à sa propre cavale, des histoires de fuites et de recherches de personnes disparues, tandis qu’à les lire nous ne prenons pas garde que le nouvelliste, en habile prestidigitateur qu’il est, a fait tomber dans sa manche ce qu’à la fin il nous montre, et sans nul besoin d’un deus ex machina, ce comparse du mauvais conteur. Mettant en scène des Indiens, des bandits, des journalistes, un détective privé, jamais O. Henry ne verse dans le cliché, et à plus d’un siècle de distance, son style semble dater de ce matin. En bref un écrivain génial, dont on espère que L’Arbre vengeur poursuivra l’édition française.

Jérôme Delclos

Les Hypothèses de l’échec
O. Henry
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michèle Valencia
L’Arbre vengeur, 163 p., 14

Expert en escamotage Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°222 , avril 2021.
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