Voilà. / Ça commence comme ça. / C’est l’histoire d’un père qui débarque chez son fils au milieu de la nuit. » Ce fils est parti il y a un an et demi. S’est installé dans une autre ville. Travaille dans l’informatique et donne peu de nouvelles. Le père s’inquiète. A entendu des choses sur la vie que mène son fils. A vu sur internet des images qui l’inquiètent. Alors, « Un jour, on se réveille. / On se dit, on ne va quand même pas baisser les bras. / On se dit, ce fils on peut le récupérer. / (…) Alors on fonce. / On prend la bagnole. / On sonne à sa porte. / On est là, devant lui. » Et durant la nuit qui suit, ils vont tout se dire. Les frustrations, les échecs, les envies, le sentiment d’injustice, l’envie de mener une vie, sa vie, de la construire, d’en être le héros. D’un côté. De l’autre, le père se défend. A l’impression d’avoir fait son possible, d’avoir offert à son fils une vie intéressante faite d’ouvertures sur le monde, de visites de musées, de vacances en camping-car. L’un reproche, l’autre tente de se justifier. Ne comprend pas comment brusquement la communication semble avoir été coupée avec son fils. « J’avais juste envie que tu sois… comme tout le monde. / Comme les gamins des autres. » Le fils va aller chercher ailleurs ce qui lui manque : dans les consoles de jeux, d’abord, là où il devient tout-puissant. Dans les rencontres ensuite. Et les réseaux sociaux. Des jeunes comme lui, qui veulent changer le monde, en ont marre de l’immobilisme, veulent s’engager, défendre une cause. Et ce qui les motive, ce qui leur donne envie de se battre, c’est la présence des étrangers sur le sol français. Le sentiment qu’ils vont être de plus en plus nombreux et finir par prendre toute la place. Le Grand Remplacement. L’auteur n’emploie pas ce terme, mais c’est bien de cela qu’il s’agit. Pour le père, militant, ancien syndicaliste, son fils a viré facho. Et il ne comprend pas pourquoi. Alex Lorette a su donner à ce huis clos, à ce face-à-face explosif, beaucoup d’intensité et une grande justesse.
PGB
Les Grandes Marées
d’Alex Lorette
Lansman, 80 pages, 12 €
Théâtre Les Grandes Marées
septembre 2024 | Le Matricule des Anges n°256
| par
Patrick Gay Bellile
Un livre
Le Matricule des Anges n°256
, septembre 2024.

