La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
ZA Loup à Loup 83570 Cotignac
tel ‭04 94 80 99 64‬
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Chairs détachées

avril 2025 | Le Matricule des Anges n°262 | par Gilles Magniont

Entre justesses et conventions, Carnes d’Esther Teillard amuse puis ennuie.

Esther Teillard collabore à France Culture et Art Press, et la presse salue unanimement son premier roman cash / coup de poing / mal élevé ; l’éditeur l’annonce comme un « portrait sans concession des inégalités et des violences sexistes », et l’actrice Anna Mouglalis en lit des extraits à Saint-Germain. On en déduit : météo assez stable, sur les terres de la transgression institutionnalisée.
Pourtant, Carnes commence par étonner. Une jeune étudiante sans nom débarque aux Beaux-Arts de Cergy, où elle découvre l’empire du non-binaire. « Ici, le punk, c’est celui qui est resté accroché à son appareil génital », ce qui change de Marseille d’où elle vient : Marseille et ses voyantes partitions, avec les cagoles « ancrées et distraites comme un groupe de maçons en plein cagnard qui lève la tête à chaque passage », quand les encapuchés se collent quant à eux aux murs, ralentissant « comme si chaque pas rapide allait les rapprocher de là où ils ne veulent pas se rendre » ; mais aussi Marseille et ses subtiles équivoques, « sans figure d’écorché ni transformation génitale, l’androgyne viscéral, la tante en caleçon noir. » Ce détail des particularismes réjouit souvent, qu’ils soient glosés avec une saine méchanceté – « nouvelle planque pour les mecs à physique sans plus », la moustache néo-bourgeoise « fait des visages flous avec une distraction au centre pour ne pas se concentrer sur le reste » – ou prétextes à raffinement sémiologique – chez les ressortissantes de l’élite, « La frange courte signifie beaucoup, elle est là, fière, en ligne droite, pour rayer la phrase, déconstruire le propos, la ponctuation prend beaucoup de place ».
Voilà qui change des phallus qui éclatent et des patriarcat-nous-voilà. Sauf que le récit ne prend pas, semble même à peine essayer : au fil de pages qui peuvent vaguement et banalement se lire comme roman de formation ou roman des origines, la narratrice se contente d’égrener le catalogue des rencontres et des souvenirs d’enfance. Et les personnages secondaires ne sont pourvus d’épaisseur qu’au rythme des viols et des visionnages de porno, alors que les figures du sexe tournent au monotone : ici un regard qui « fouille comme un mauvais cunni », là les grilles du tribunal qui « pointent comme les sexes des hommes », et puis Marseille qui « ne veut pas qu’on la nettoie », parce que « Quand on lui torche le cul, elle vient le resalir aussitôt ; à coups de viols et de suicides par balle dans le dos ». Bref, le discours intérieur se fait parfois aussi artificiel que certains polars prétendument en phase avec la rue, et miné pareillement par le systématisme des punchlines, phrases courtes et présent de vérité générale, tactactac. On en ressort, c’est dommage, avec l’impression d’une écriture pour rien, et d’une acuité qui s’émousse peu à peu, peut-être parce qu’aucune histoire ne la soutient.

Gilles Magniont 

Carnes, d’Esther Teillard
Pauvert, 216 pages, 20,90

Chairs détachées Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°262 , avril 2025.
LMDA papier n°262
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°262
4,50