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Domaine français Écrire le cri

avril 2025 | Le Matricule des Anges n°262 | par Emmanuelle Rodrigues

Dans un beau récit, Patrick Autréaux nous donne à lire le mouvement même de son écriture jaillie d’une ardente expérience intérieure.

Intitulé « Constat », le cycle autobiographique entrepris en 2023 par Patrick Autréaux s’ouvrait avec la publication de La Sainte de la famille, l’auteur y évoquait un deuil infantile mais aussi la figure tutélaire que, telle une thaumaturge, Thérèse de Lisieux représenta alors pour lui et sa famille pourtant aucunement croyante. L’Époux témoigne cette fois des années de sa jeunesse, marquée par une quête spirituelle et un fort désir d’écrire. Durant ce temps d’apprentissage et de formation, Patrick Autréaux entreprend des études de médecine, il exercera ensuite comme psychiatre urgentiste, et poursuit un dialogue intérieur porté par un élan vers le divin. Qu’il s’agisse de relater la cérémonie de son mariage avec son compagnon, ou encore de révéler les premières tentatives d’écriture, ou les étapes de son questionnement sur sa foi, c’est là le courant d’une existence et de sa nécessité intrinsèque qui nous est donné à voir. Non sans courage, l’écrivain tente de saisir ce qui le mènera d’un croire vers un décroire, considérant finalement, selon un « processus de libération intérieure », son inquiétude comme celle d’un agnostique.
Car, au cœur de cette quête de soi et de l’autre, s’énonce également le constat d’un gouffre intérieur, que la relation érotique ou encore le sentiment religieux ne suffisent pas à dépasser. Par le regard qu’il pose sur ses années formatrices, son parcours aimanté par autant d’élan que de désillusion se reconstitue. Si quelque chose pointe d’un fort sentiment de doute, une forme d’intransigeance et de persévérance s’affirme. L’expérience amoureuse tient aussi une place déterminante. Ainsi, après la rencontre avec l’amant qui deviendra son compagnon et son futur époux, l’auteur se questionne-t-il : « (…) l’inquiétude surgit parfois. Quel pays est-ce que je cherche ? Quel vivant cimetière ? Et où le divin mort qui fait jouir et terrifie ? On n’a pas été déserté et cru s’être illusionné sans qu’il en reste de sensibles cicatrices. » Et d’ajouter : « Pourtant un socle a réapparu avec ta douceur. » Et plus loin encore : « Je te rencontre, et voici que remue ce qui semblait s’être tu. Toute ligne devient spirale. Regarde comme est vivant le feu, comme brûle l’eau. T’aimer est la surprise au coin de nos destins. » C’est bel et bien du lieu même de cette intériorité mouvementée que l’écriture resurgit là. Et plus encore, celle-ci offre une résonance à ce qui demeurait peut-être alors silencieux. Ce ne sera pas seulement un dialogue avec l’invisible que les mots d’un poème esquissent, mais un puissant jaillissement comme jusque-là retenu : « Je marche dans la ville, vais à l’université, achète des livres, étudie avec sérieux. Des mots se détachent au hasard des promenades et saillent dans la banalité des jours. Je note à la hâte des bouts de phrases. » Puis, ajoute-t-il : « Quand était-ce, ce soir où j’ai saisi mon premier cri ? »
La force de ce flux, comparable à celle du désir, d’un feu flamboyant, fait advenir un visage, et plus qu’un visage, une écoute, tendue vers un infini. La part sensible qu’exprime cette ardeur, permet au sentiment de ce « vide sans prise » de se clarifier. S’explicite aussi la recherche même de l’écrivain, son souhait plus que tout de toucher au plus juste le vertige même de vivre. C’est donc une dimension poétique qui se manifeste là. Moins ce qui fige le mouvement de la vie, que ce qui en prolonge l’élan par-delà l’écriture.
À la manière d’Edmond Jabès, qui n’aura cessé d’écrire les pages d’un livre inachevable, Patrick Autréaux nous entraîne vers le sien, l’existence devenue la métaphore du livre à écrire. Ainsi, pourra-t-on apprécier la justesse et la clairvoyance de cette formulation : « Tout livre relie l’écriture à ce qui le dépasse. »

Emmanuelle Rodrigues

L’Époux, de Patrick Autréaux
Gallimard, « Sygne », 206 pages, 20

Écrire le cri Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°262 , avril 2025.
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