Sarah Carré a mis en exergue de son texte une citation du livre Tu quitteras ton père et ta mère du philosophe et psychanalyste Philippe Julien, explicitant que tout parent devrait comprendre et accepter que « mettre au monde, c’est savoir se retirer, de même que la mer crée le rivage : en se retirant. »
Mam, la maman et Môm, l’enfant sont les deux personnages de Chère écharpe. On retrouve toute la fantaisie et l’humour de Sarah Carré avec cette petite Môm qui grandit à toute vitesse et déclare dès la première scène que « Les mamans disent toujours que la naissance de leur enfant, c’est le plus beau jour de leur vie ». « Tu n’exagères pas un peu ? Pour faire ton intéressante ? » rétorque Mam. « Non », réplique Môm, sûre d’elle, « c’est comme ça. Je suis le plus beau jour de ta vie. » Les premières séquences s’écoulent, joyeuses et heureuses, le temps d’apprendre à faire ses lacets pour Môm, et pour la maman de tricoter une écharpe, pour éviter que sa fille ne prenne froid le jour où elle partira. Et si Môm à la scène 4 déclare qu’elle ne partira jamais, à la scène 10 en revanche, elle se sent prête : « Regarde, j’ai fait mes lacets. J’ai mis mon bonnet. Et maintenant, je vais ouvrir la porte. » Elle veut rencontrer le monde. Mais sa mère n’est pas d’accord, et pour l’en dissuader lui fait affreusement peur sur ce qui l’attend dehors, lui parle de mort et de dévoration. C’est une scène de bascule, violente, où l’adulte emprisonne son enfant dans ses propres peurs. Môm va devoir lutter pour acquérir son autonomie, mais comme c’est une petite fille maligne et malicieuse, Mam va apprendre elle aussi à laisser son enfant se débrouiller seule.
Chère écharpe est un très joli texte, un conte initiatique qui parle aussi bien aux enfants qu’aux adultes, n’escamotant pas la violence tout en gardant une forme de légèreté de ton, une vraie petite pépite théâtrale.
L. Cazaux
Chère écharpe, de Sarah Carré
Théâtrales jeunesse, 64 pages, 8 €
Théâtre Chère écharpe
juin 2025 | Le Matricule des Anges n°264
| par
Laurence Cazaux
Un livre
Par
Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°264
, juin 2025.

