Valérie Rouzeau, l'enfance éternelle
La réédition en poche d’un livre de poésie contemporaine n’est pas si fréquente que ça. Sauf quand il est signé Valérie Rouzeau. La poétesse (elle n’aimait pas en 2012 qu’on utilise ce féminin-là, lui préférant le terme de poète quitte à en féminiser l’article, mais désormais elle use des deux termes, poète ou poétesse) a l’habitude des rééditions. Après le révélateur Pas revoir paru d’abord au Dé bleu de Louis Dubost en 1999, réédité une première fois en poche en 2010 dans la collection « La Petite Vermillon » à la Table Ronde, elle a vu successivement les recueils Neige rien, Va où, Quand je me deux et donc aujourd’hui Vrouz paraître dans la collection de poche de son éditeur principal. En 2012, on était allé la voir à Saint-Ouen où elle vivait lorsqu’était paru Vrouz. Sa réédition aujourd’hui s’accompagne d’un nouveau titre, La Petite Dame, aux mêmes éditions.
On apprenait aussi que la commune Le Noyer dans le Cher (236 habitants) s’apprêtait à baptiser l’école du village du nom de Valérie Rouzeau qui y fut élève et y apprit le goût du poème. Elle nous avait raconté en 2012 l’importance d’une institutrice amoureuse de poésie qui lui demandait de se mettre debout sur le bureau de l’enseignante pour y réciter des vers. Nous sommes en Pays-Fort dans le Berry, non loin de Sancerre, où les voix ont un fort accent paysan, où les forêts et les prairies dominent un paysage peu peuplé. Dans les années 1960 du Noyer on voyait parfois une fusée quitter le bourg sur la départementale 85 direction Menetou-Râtel : c’était le jeune André Rouzeau véloce à vélo, coureur cycliste prometteur, « au top niveau amateur ». Il doit pédaler en se rêvant en technicolor sur les routes du Tour de France, mais saura vite que ce rêve de professionnel n’est pas pour lui. Il doit reprendre la petite entreprise familiale, faire entrer un peu d’argent dans une famille qui n’en a pas beaucoup. Il n’y a pas qu’à vélo que le garçon est rapide : « il a passé son certificat à 10 ans au lieu de 14 », mais malgré ses capacités exceptionnelles il est hors question de poursuivre ses études. Dans un village voisin la très jeune Denise aimerait devenir coiffeuse, elle a 14 ans et voit passer la flèche depuis le bord de la route. Elle le trouve beau, tombe amoureuse, lui écrit une lettre pour lui déclarer sa flamme. Quelques mois plus tard, elle est chez sa tante en banlieue parisienne où elle apprend la sténo. Pressée de retrouver son champion cycliste (qui s’est mis à la voiture, rapide au volant comme à vélo), elle prend un taxi direction Le Noyer. Trois cents kilomètres tarifés, quand on est pauvre, c’est une folie. Le couple se marie, et sans argent s’installe chez la grand-mère paternelle. Denise a 17 ans quand Valérie vient au monde en août 1967 à Cosne-sur-Loire. André a repris l’activité de son père, vendeur de peaux de lapins, « ferrailleur » disent certains, « récupérateur » serait plus juste. C’est un milieu modeste, pour le moins. La maison où Valérie passe ses six...

