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Domaine français Une autre suicidée de la société

juin 2025 | Le Matricule des Anges n°264 | par Éric Dussert

Sorte d’Artaud au féminin, Emma Santos a écrit ce qu’était sa folie. Après avoir subi la maladie, la trahison amoureuse et la psychiatrie.

La Punition d’Arles

J’avais vingt ans et j’étais belle. » C’était à l’époque de la maladie, l’une des trop nombreuses stations de croix d’Emma Santos, femme de lettres et de théâtre phénoménale. Elle fait figure de cas depuis la publication de son premier livre, L’Illulogicienne (Flammarion, 1971), et sa disparition, de sa propre volonté, le 13 février 1983 à l’âge de 39 ans, n’a rien oblitéré de ses livres. D’autant qu’ils sont soutenus par une salve de republications des Éditions des femmes. Courte mais forte et astringente, cette œuvre très autobiographique a connu une gestation douloureuse, à l’image de La Punition d’Arles, pierre de touche de l’ensemble. Publié chez Stock en 1975 à la suite de mésaventures d’ordres variés de la jeune femme, ce texte ravageur n’a pas subi les assauts d’un temps souvent dessiccant pour les écrits très intimes.
À l’heure de #MeToo, La Punition d’Arles frappe par la netteté de son récit d’une emprise : Marie-Annick Le Goff, née le 16 juin 1943 dans le XVe arrondissement de Paris, rencontre à l’âge de 16 ans un homme portugais, Carlos, dont elle s’éprend. Elle est jeune institutrice, il a la fibre artiste, pas un sou, une immense ambition. Après quelques années de vache maigre durant lesquelles il vit à ses crochets et grâce à des combines, elle finit par parvenir à lui payer l’appareil photo qui fait de lui un photographe avec entrées aux Rencontres d’Arles… L’histoire paraît banale : fascinée par un homme qui lui joue le tour du délaissement/retour/abandon, elle reste pantelante, éperdue, sur le fil du rasoir. Si elle n’avait pas de faiblesse psychique, il aura quoi qu’il en soit tout fait pour la déglinguer, jusqu’à lui attribuer le nom d’Emma Santos, avec son propre patronyme. Amoureuse à la folie, affaiblie par la maladie – elle doit être opérée de la thyroïde dans la totale indifférence du Casanova –, elle s’accroche, est internée, et la psychiatre ne l’aide pas… Lui, la malmène, l’humilie. C’est justement ce qu’elle raconte dans La Punition d’Arles, dont le titre évoque la punition d’une grande cruauté qu’il lui inflige parce qu’elle a ouvert une lettre provenant de l’une de ses maîtresses alors qu’il était à Arles. Il la condamne à ne pas le revoir pendant un an. Les pervers savent y faire.
Par miracle, Emma Santos trouve dans l’écriture et dans l’art graphique une respiration qui la détourne de ses affres. Exposée à Lausanne dans les collections de l’Art brut, elle est publiée chez Stock, Maspero, Flammarion, joue ses écrits déchirants sur scène où elle s’expose sans fard. Sa vie qui porte tous les stigmates d’une passion extrême jaillit dans ses livres à la première personne d’une femme sauvée peut-être un temps par l’écriture.
À propos des sept ans de psychiatrie qui se superposent à cet amour abusé, Emma Santos explique à Libération en octobre 1975 : « Je le revis. Je le paye et je vis enfermée dans mon livre. Je le relis et je pleure. Ce n’est pas du tout un moyen pour aller au-delà et faire autre chose… Aujourd’hui, la psychiatrie ne me concerne plus. C’est un système plein de médiocrités. Être malade c’est la même chose que d’être chez Renault. Il n’y a aucune intelligence dans la psychiatrie, aucune solution, rien. (…) Les fous sont des petits démerdeurs. Dans le cadre de l’institution psychiatrique, la folie c’est le néant… Je ne peux plus écrire. J’écrirais cent “Punitions d’Arles” »
Dans un document inédit intitulé « Empreintes de vie », daté de 1978-1982, cette grande brûlée écrivait : « Emma Santos n’a pas écrit dans un cercueil// réponse au Monde/ avril 1979// Elle a écrit partout sauf dans le cercueil//P. S. si on écrit dans un cercueil, elle le cassera et viendra vous le dire » Des limbes, l’amoureuse brisée vient nous dire ce qu’elle a souffert et de quelle énergie elle s’est nourrie dans la douleur et l’iniquité. C’est à coup sûr une incontournable du siècle dernier.

Éric Dussert

La Punition d’Arles, d’Emma Santos
Des femmes, 150 pages, 6,50

Une autre suicidée de la société Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°264 , juin 2025.
LMDA papier n°264
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LMDA PDF n°264
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