Médine a disparu, « liquidée par son père » dit-on, qui l’a enterrée vivante. Parce qu’il l’a vue, dans la rue, parler avec des hommes. Magda, sa mère, est passionnée de plantes. Elle ne vit que par elles, que pour elles, s’interrogeant parfois : « et si dieu était dans la plante ? et si dieu avait le physique d’une plante ? » Et c’est au milieu de ses plantes que Magda trouvera refuge pour fuir l’insupportable réalité. Sandrine Revillet trouve là une écriture toute simple, presque enfantine parfois, qui témoigne d’une grande tendresse pour Médine, cette toute jeune victime d’un sentiment d’honneur bafoué, mais surtout d’une barbarie toujours à l’œuvre. Médine qui dès le début avait peur : « Maman n’éteins pas la lumière s’il te plait / Laisse la lumière / N’éteins pas la lumière s’il te plait / sinon / L’obscurité va me faire disparaitre / L’obscurité va m’avaler. »
Le second texte, Justin, est un condensé de bouffonneries et d’aventures ubuesques, sur fond de drame social. Le héros, Justin, est pourvu d’un sexe gigantesque, exigeant et effrayant. Après la mort de sa mère, dévasté mais libéré par ce décès, Justin décide de passer à l’action : « je voudrais tâter du terrain / goûter au fruit et tout ce qui va avec / (…) / oui désormais je voudrais que ça rentre quelque part. » Mais pas seulement : Justin éprouve le besoin de tuer ses partenaires puis de les découper. Il devient tueur en série, est arrêté, plaide l’irresponsabilité d’avoir un corps pareil et d’en être la victime, finit en prison. Il s’évade, aidé par Katia qui, ayant assisté au procès, est tombée sous le charme et libère non seulement Justin mais tous les prisonniers. Et là, il tente une réinsertion : une petite maison douillette pour deux, et un emploi de travesti dans un cabaret. Mais la police veille. Après moult péripéties, il révèle enfin la teneur de son projet final : « je m’appelle Justin / juste un je reste / Justin le dernier homme / le dernier spécimen / de la race humaine. » Sandrine Revillet nous offre un second texte à l’écriture totalement débridée. Un rien provocateur, mêlant avec beaucoup d’adresse le drame et le burlesque, il nous propose un héros aux aventures totalement invraisemblables, et dont le rêve est un anéantissement total du monde. Inquiétant, et réjouissant.
Patrick Gay-Bellile
Ode à Médine / Justin, de Sabine Revillet
Edern éditions, 138 pages, 20 €
Théâtre Ode à Médine / Justin
juillet 2025 | Le Matricule des Anges n°265
| par
Patrick Gay Bellile
Un livre
Le Matricule des Anges n°265
, juillet 2025.

