Assia Djebar : femme, vie, liberté
Créées en 2000, les éditions Barzakh ont eu à cœur de rééditer en Algérie des œuvres d’Assia Djebar initialement parues en France. En 2017, ce fut La Soif puis, en 2022, Les Impatients. À la rentrée paraîtra le récit La Beauté de Joseph. Hajar Bali, romancière algérienne d’expression française (voir Lmda N°210), en a écrit la postface. Elle a bien voulu nous faire partager sa « fascination » pour l’univers de son aînée – initiatrice.
Hajar Bali, quand et comment avez-vous rencontré l’œuvre d’Assia Djebar ?
J’étais adolescente, ma mère lisait et me racontait Les Alouettes naïves. J’ai lu ce livre, c’était le premier pour moi. Puis j’ai enchaîné sur Les Enfants du Nouveau monde et continué à lire systématiquement tous les livres d’Assia Djebar qui me tombaient sous la main. Je me souviens de l’émotion que m’a procuré La Femme sans sépulture, roman inspiré de l’histoire vraie d’une femme résistante pendant la guerre d’Algérie. Loin de Médine, également, m’a permis d’en savoir plus sur ces femmes qui ont joué un rôle important dans l’histoire musulmane. C’est d’ailleurs en lisant l’histoire de Hajar (concubine d’Abraham, et qui lui a donné son premier fils, Ismaël, selon la légende musulmane) qui, nous dit Assia Djebar, aurait subi la première épreuve initiatique en tant que femme arabe (abandonnée dans le désert, découvrant la source d’eau « zemzem » qui aurait jailli devant elle), c’est donc après avoir lu ce livre que je me suis choisi le prénom Hajar pour pseudonyme.
Étaient-ils faciles d’accès ? À notre connaissance, ils n’ont pas été traduits en arabe… Pour quelle raison d’après vous ?
C’est un travail, à ma connaissance, qui a été entrepris par quelques éditeurs algériens comme Hibr ou Sedia. Mais très peu, oui, et, me semble-t-il, pas de son vivant. Dans la revue algérienne Fassl (revue de critique littéraire, éditions Motifs), il y a un numéro entier consacré à Assia Djebar (le N°5). La traductrice Djamila Haidar parle de la difficulté de traduire Assia Djebar en arabe. Elle dit que seuls deux romans ont été traduits (Femmes d’Alger dans leur appartement et Nulle part dans la maison de mon père). Elle dit aussi qu’Assia Djebar s’opposait aux traductions arabes, parce qu’elle souhaitait vérifier par elle-même ces traductions, mais qu’elle n’en trouvait pas le temps. Elle est traduite également dans d’autres langues. Donc traduisible en arabe, sûrement. Mais pour Assia Djebar, qui était capable de lire en arabe, je suppose que cela faisait qu’elle avait des exigences d’écriture, et qu’elle ne pouvait pas laisser faire comme avec une langue qu’elle ne maîtrisait pas. Ceci dit, les livres d’Assia Djebar peuvent paraître difficiles d’accès, par leur côté polyphonique, avec ces voix qui semblent parfois provenir d’un lointain passé, ou qui, à d’autres moments, paraissent extraordinairement crues, ordinaires, et ces voix intérieures qui jaillissent. Djamila Haidar évoque plusieurs langues possibles,...

