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Domaine français En eaux troubles

juillet 2025 | Le Matricule des Anges n°265 | par Chloé Brendlé

Entre autoportrait et discours, récit et performance poétique, Irma Pelatan nous plonge, au sens propre comme au figuré, dans son bain d’écriture. Place à la fantaisie et à la gravité.

Basculement-mère. Quand on écrit le titre du nouveau livre d’Irma Pelatan, le correcteur orthographique suggère « musculairement ». Ce qui n’est pas absurde si l’on en croit les premières phrases (« Amies, c’est presque noyée que je vous écris. / Affronter d’emblée l’histoire de la Littérature est démesuré. ») et si l’on a la curiosité de scanner le QR code qui nous invite à voir l’écrivaine « écrire en eau » : la voici donc, revêtue d’une combinaison, munie d’un carnet et d’un stylo, plouf, dans l’eau – la mer.
C’est une histoire de corps et de langage, de corps à l’ouvrage, qui nous mène de Port-Camargue en mer à Tahiti en piscine, de villes rhodaniennes au port de Buenos Aires, dans des eaux à la fois réelles et imaginaires. Une histoire de mère aussi, de sœur, de petite fille, de devenir femme et de se mouvoir dans le monde. Une histoire qui s’inscrit dans le projet aquatique et initiatique de l’écrivaine, entamé aux éditions de la Contre Allée en 2019, avec L’Odeur de chlore, poursuivi en 2022 avec Lettres à Clipperton, une aventure épistolaire. Dans le premier, elle livrait son autoportrait en jeune nageuse, se pliant aux entraînements mais trouvant une forme de liberté dans les lignes d’eau de la piscine : « C’est là que j’ai découvert la voix en moi, ma voix mentale. » Dans le suivant, elle écrivait une centaine de lettres à une île déserte dotée d’une adresse postale – façon de réfléchir à cette drôle de communication à sens unique qu’est la littérature. À la croisée de ces deux livres, Basculement-mère se déploie comme un texte à contrainte, apparemment ludique, d’où émerge un vécu intime, parfois très douloureux. Il se présente en cinq carnets plus un épilogue, chaque carnet étant composé d’une quinzaine de poèmes, principalement en vers libres. Chaque poème s’ouvre en reprenant le dernier vers du précédent, et l’ultime poème de chaque carnet constitue un montage de tous les premiers vers. Cette structure (plus simple à lire qu’à décrire !) est empruntée à la tradition de la « couronne de sonnets ». Comme les lignes d’eau, elle permet à l’auteure de laisser dériver son esprit, d’un thème à l’autre, d’un sentiment à l’autre, de faire affleurer une subjectivité qui ne peut se résumer par un récit factuel.
Émouvant, drôle, en colère, tendre, angoissé, un « je » prend forme qui cherche à dire une expérience partageable, une « maternéité » dans laquelle baignent les femmes : quelque chose qui concerne le fait d’enfanter et d’accompagner un enfant, mais aussi d’habiter son propre corps, façonné par le regard et la violence des autres. Pour cerner cet espace intérieur / extérieur, Irma Pelatan dialogue avec Henri Michaux, le poète de la merveilleuse phrase « L’âme adore nager. » et du recueil Poteaux d’angle. À son tour, elle tente de désigner les contours du for intérieur : « Une masse noire et mouvante, un espace tu, secret, tabou quand il est pourtant social, sœurs, une chose si communément partagée et où nous sommes laissées seules comme des chiennes. / Des chiennes qui ne peuvent même pas nommer vraiment l’espace qui les habite. » Contrairement à Michaux, elle emploie davantage le « vous » et le « nous » que le « tu » pour s’adresser à ses lectrices, et à la petite fille qui grandit. Au terme de Basculement-mère, le travail de nomination de cet espace commun est loin d’être achevé, mais en chemin le « je » est parvenu à dire et peut-être à se délester, en partie, des clichés et des tabous qui l’encombraient. Du corps à l’esprit, du littéral au figuré, de l’anecdote au mythe, la navigation littéraire et humaine d’Irma Pelatan est à la fois une belle surprise de lecture et une rencontre.

Chloé Brendlé

Basculement-mère, d’Irma Pelatan
La Contre Allée, 128 pages, 17

En eaux troubles Par Chloé Brendlé
Le Matricule des Anges n°265 , juillet 2025.
LMDA papier n°265
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LMDA PDF n°265
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