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Domaine français L’espoir avorté

octobre 2025 | Le Matricule des Anges n°267 | par Thierry Cecille

Sans doute n’est-il pas aisé de parler de l’Algérie aujourd’hui. Hajar Bali y parvient en entremêlant trois vies, bousculées entre idéaux et désillusion.

Partout le même ciel

Adel et Wafa vivent à Alger. À peine sont-ils sortis de l’adolescence que le présent leur pèse et l’avenir, dans leur pays, leur semble bouché : ils rêvent de s’enfuir au Canada. Où trouver l’argent ? Ils repèrent une vieille femme : « On s’est dit, elle doit être riche. Elle a les cheveux blancs, coiffés, bref elle a l’allure distinguée, un peu comme une vieille Française ». Ils la suivent et pénètrent chez elle, la bousculent un peu, elle s’évanouit, ils s’emparent de quelques billets. Dans les jours qui suivent, l’inquiétude les taraude : et si elle était morte ? Ils décident de retourner chez elle et le fils de la vieille femme les y piège. Menaçant de les signaler à la police, il exige leurs papiers : « Wafa Zidani. Elle a dix-sept ans. Lui, Adel Mourid. Vingt ans. Ils sont, comme on dit, dans la fleur de l’âge. C’est le moment de les cueillir en quelque sorte ». Il leur impose une sorte de marché : « Vous m’appellerez Slim. J’ai quarante ans, je suis un peu votre guide. Je ne vous lâcherai pas ». Il devient alors leur mentor, non sans résistance, au début, de la part de ses jeunes disciples. Adel voit en lui un « bourgeois islamo-communiste de merde » et en effet, semblable à certains personnages d’Albert Cossery, Slim est une sorte de raté agaçant et attachant à la fois, ancien professeur de philosophie, démissionnaire – et velléitaire.
Nous suivons alors cet improbable trio, Adel et Wafa entrant dans la vie adulte, Slim tentant de leur défricher le chemin, de leur déchiffrer certains mystères. Hajar Bali parvient à donner à chacun sa propre voix, à nous faire entendre leurs doutes et leurs désirs. Ainsi pour la tentation, prévisible, qui peu à peu s’empare de Slim et vient mettre en danger ce qu’ils avaient commencé à construire : « Il faut pourtant que je m’en aille. Loin. Il le faut. Maintenant. Avant que je ne bousille leur histoire d’amour avec mes prétentions à me faire aimer de cette enfant. (…) Ils ont leur chemin à faire ». Il part alors au Caire, y demeure quelque temps, mais finit par revenir. Les années passent, Wafa et Adel se marient, ont une fille, Leila…
Progressivement, comme insensiblement, le roman s’ouvre sur ce qui demeurait jusque-là un arrière-plan discret : d’aucuns perçoivent les « premières fissures » dans la société algérienne. Slim prédit : « Le vent de la révolte va bientôt souffler » puis espère : « Le Grand Soir que nous appelons de tous nos vœux est peut-être venu. Il faut en finir avec ce système pourri. Le détruire, le briser. Faire des dégâts. Un maximum de dégâts. On n’a pas le choix. » De fortes pages décrivent alors les manifestations qui s’enchaînent, les rivalités politiques, la place de l’islam, les enjeux qui y sont liés. Mais « le souvenir des années sanglantes est encore vivace dans les esprits » et une menace demeure, celle de la guerre civile toujours possible. Si Adel et Wafa, bien que solidaires, se tiennent à distance de la lutte, Slim, lui, s’engage, se radicalise, harangue la foule, écrit des pamphlets : « On va marier Rimbaud et Marx ! Il crie ». On le retrouve un jour, baignant dans son sang.
La dernière partie, précisément intitulée « L’enquête », tente alors de mettre au jour ce qui a pu lui arriver. Nous devinons que le pouvoir a seulement changé de main et que la révolution a échoué. Elle aura cependant permis d’éclaircir, un temps, l’horizon, de dégager, même fugitivement, le ciel que nous avons en partage. Le roman, lui, a su tisser la trame de ces existences défaites mais avoue, modestement n’être qu’un « palimpseste destiné à annoncer que rien, jamais n’est totalement révélé dans un écrit, qu’il y a encore et toujours, tout en bas, au-delà des entrailles, plus loin que l’indicible, quelque chose qui résiste aux mots, une rature dans le cœur recouvrant la blessure ».

Thierry Cecille

Partout le même ciel, d’Hajar Bali
Belfond, 318 pages, 21

L’espoir avorté Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°267 , octobre 2025.
LMDA papier n°267
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°267
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