Sergi Pàmies, chroniques catalanes
Sergi Pàmies avait fixé notre rendez-vous au bar-restaurant El Velodromo au centre de Barcelone, rue Ramon Muntaner, à 13 h, ajoutant qu’on ne pouvait pas réserver et qu’il y serait donc un quart d’heure plus tôt. Une précision qui, quand on a lu ses livres, semble des plus naturelles. Il écrit dans une de ses chroniques qu’il préfère toujours être celui qui attend, que celui qui fait attendre. Une forme de politesse mâtinée d’un peu d’inquiétude chronique : arriver en avance pour ne pas risquer, par un coup du sort, être en retard.
Dès l’entrée, nous le reconnaissons, assis sur une banquette de l’établissement devant une table couverte d’une nappe blanche. Son portrait accompagne les chroniques qu’il écrit pour La Vanguardia, le quotidien le plus vendu en Catalogne (et le deuxième plus vendu dans toute l’Espagne). Un verre d’eau est posé devant lui. Amical d’emblée et dans un français quasi parfait, il sourit à notre remarque quant au breuvage qu’il boit : « ah maintenant que vous êtes là on va pouvoir commander des choses qui me sont interdites. » On pense au nombre de fois où apparaît dans ses livres le mot « tachycardie », aux descriptions de ses alter ego « en surpoids » et combien de fois un personnage de ses nouvelles ou romans s’attable devant un plat de nourriture hyperprotéinée. Héritier de Manuel Vázquez Montalbán, comme il le raconte dans son nouveau livre, À deux heures, il sera trois heures, il semble dans ses nouvelles n’assaisonner les plats que d’un peu de culpabilité. On mange assez mal dans ses livres, contrairement à ceux du père de Pepe Carvalho (modérons notre propos : il est une recette de lapin flambé au cognac dans L’Instinct qui aurait pu figurer dans un livre de Montalbán)…
Mais plus que de Manuel Vázquez Montalbán, il revendique l’influence qu’a eue sur lui un Quim Monzó dont il a été plus d’une fois le complice et qui comme lui signe à La Vanguardia. Si Montalbán (ou Juan Marsé) évoque immanquablement la ville de Barcelone (citons aussi Enrique Vila-Matas qui vient d’ailleurs parfois déjeuner au Velodromo), Quim Monzó et Sergi Pàmies ont la particularité, eux, d’écrire une littérature en langue catalane. On pourrait y voir un signe d’engagement, redoublé par le lieu où nous déjeunons puisque la rue Ramon Muntaner doit son nom à un des auteurs des Quatre Grandes Chroniques écrites en catalan à la période médiévale. Mais la réalité est plus simple ; encore que « simple » ne soit pas vraiment le meilleur adjectif pour évoquer la vie de Sergi Pàmies.
« Pour moi, les pères vont tous s’enfermer dans un placard quand on frappe à la porte. »
L’homme naît le 26 janvier 1960 à Paris. Il est le dernier fils d’une fratrie de quatre enfants d’une même mère mais pas d’un même père. Les deux aînés vivent alors en URSS (en Russie aujourd’hui) et sont les enfants d’une première union de Teresa Pàmies (née en 1919). Sergio grandit donc avec le troisième fils. Il a cinq mois quand la famille...

