Sergi Pàmies, chroniques catalanes
Les dix textes qui composent ce nouveau recueil de Sergi Pàmies s’apparentent souvent plus à des chroniques : des récits courts qui puisent dans la mémoire, le témoignage ou la confession la matière même de leur narration. En les associant à certaines nouvelles des deux, au moins, derniers recueils parus, on pourrait dessiner le portrait de leur auteur. Évoquons d’emblée la plus longue d’entre elles : « Pourquoi je ne joue pas de la guitare ». Le récit commence par un souvenir de 1969 : un concert du chanteur et guitariste Atahualpa Yupanqui auquel le narrateur assiste, amené là par sa mère qui trouve dans la musique, la poésie et l’engagement de l’Argentin quelque chose de sa vie, de ses exils, de ses luttes. Après le concert, elle présente le petit Sergio à l’artiste en lui disant qu’il aime beaucoup la guitare : « Je n’ai pas conscience d’aimer particulièrement la guitare, mais cette affirmation aura des conséquences. » Aimer la guitare, en jouer, devient une injonction maternelle à laquelle le gamin va devoir répondre. Bien qu’il préfère jouer au foot, ou, à la limite essayer comme son copain Rodolphe Modin la clarinette. Le « flemmard caméléonien » reçoit donc en cadeau de sa mère, « avec une grande maîtrise de la politique du fait accompli », une guitare. Celle-ci et d’autres l’accompagneront dans son enfance, son exil à Barcelone, la découverte d’une culture catalane où la musique joue son rôle, la gloire naissante de l’adolescent français enamouré de tant de jeunes filles catalanes, puis ce sera l’abandon des six cordes pour le désir refoulé de la clarinette, le regard désapprobateur d’une femme qui le quittera, bref toute une vie qui se déroule à partir de cette simple présentation d’un enfant de 9 ans à un artiste argentin de 61 ans.
On trouve ici tout l’art, délicat, du nouveau Pàmies : à contre-courant de ses nouvelles fantaisistes (mélange de Vian, Buzzati et Mónzo), il joue en mode mineur la confession d’un homme qui se penche sur sa vie. Mode mineur, mais pas en ré mineur, propre à chanter les peines et la plainte. On est plus dans le registre de la douce autodérision, d’un humour tendre qui préfère griffer le narrateur que ses proches. Ça en est émouvant. Exemple dans la première nouvelle où l’auteur retrouve deux lettres qu’un poète lui avait adressées après avoir lu quelques-uns de ses poèmes envoyés par… sa mère : « J’aime à croire que si mes vers avaient été une calamité, elle ne l’aurait pas fait. Et pour éviter l’aveuglement consanguin, elle avait voulu chercher un diagnostic fiable auprès de quelqu’un à l’autorité reconnue. Rétrospectivement, cela semble avoir été judicieux : je n’ai guère tardé à abandonner la poésie. »
Deux nouvelles réunissent trois textes chacune qui appartiennent là encore plus à la chronique qu’à la fiction. Il y est question des rencontres internationales où l’auteur a été convié, notamment une au Québec avec Montalbán ou de journalisme. Ce sont, à chaque fois, une manière de...


