Sergi Pàmies, chroniques catalanes
Bon nombre de personnages de Sergi Pàmies se disent timides. L’homme qui nous accueille à la table du Velodromo, au centre de Barcelone, fait preuve pourtant de beaucoup de prolixité. Son regard malicieux, derrière le verre rectangulaire de ses lunettes, surligne la jovialité de ceux qui savent se montrer agréables, comme si c’était là le signe d’une politesse distinguée attachée aux arts de la table. Le tutoiement affleure naturellement, malgré notre vouvoiement si français durant l’échange. Beaucoup de ses personnages romanciers, nouvellistes ou dramaturges, confrontés à un public font montre de ce qu’eux-mêmes dénoncent comme une fausse modestie. Pour le coup, cela pourrait bien convenir à notre hôte : une manière d’esquiver des questions auxquelles il serait aisé d’apporter des réponses propres à gonfler la haute estime qu’on aurait de soi-même. On peut aussi aller puiser dans l’avant-dernière nouvelle de À deux heures, il sera trois heures où l’alter ego de Sergi Pàmies se voit comme un imposteur. Un sentiment assez répandu chez les autodidactes comme lui, qui plus est fils d’une femme de lettres et d’un homme politique, acteurs tous deux d’une Histoire intense, de luttes courageuses et entrés l’une comme l’autre dans les livres d’histoire de l’Espagne. On avait commencé l’entretien par des envois successifs de mails auxquels l’écrivain répondait très rapidement et en français. Un jeu de ping-pong comme il s’en joue entre convives à la sortie d’un bon repas pour rapprocher la fin du déjeuner de l’apéritif du dîner. Une manière, donc, d’éviter le pathos, la grandiloquence, l’esprit de trop de sérieux. Et de ponctuer smash ou amorti d’une boutade, une pirouette spirituelle, un peu de légèreté posée au cœur de notre tentative de dépecer une œuvre qui n’en demande pas tant.
Sergi Pàmies, vous avez déclaré que vous aviez choisi de parler le catalan pour « rencontrer les filles » quand vous arrivez à Barcelone avec votre mère. Mais pourquoi avoir choisi le catalan pour écrire et publier ? Ce choix du catalan est-il aussi politique ?
J’ai choisi le catalan pour des raisons de familiarité. J’ai commencé à écrire de la poésie quand j’avais 13 ou 14 ans et le contexte de mes amis et beaucoup de mes référents culturels étaient en catalan, une langue d’adoption que je découvrais en parallèle à mon adaptation à la Catalogne après l’exil en France (l’exil de mes parents, parce que, pour les fils d’exilés, notre exil commence quand finit celui de nos parents). En plus, ma mère était une écrivaine très connue, alors je n’imaginais pas que je finirais par succomber à la tentation littéraire. Après mon service militaire (en 1981) j’ai abandonné la poésie et j’ai commencé à écrire des nouvelles pour imiter les écrivains que j’admirais (Julio Cortázar, Pere Calders, John Cheever, Dorothy Parker, Yukio Mishima, Quim Monzó, Albert Camus, John Irving, Dino Buzzati…) et la langue la plus « naturelle » de celles que je pouvais plus ou moins...

