Si l’expression « l’arbre qui cache la forêt » a bien un sens, nul doute qu’elle s’applique avec pertinence à l’écrivain dystopique Aldous Huxley. Son impressionnant Meilleur des mondes, précurseur à bien des égards, arbore une réputation si méritée qu’elle occulte d’autres romans, comme Les Temps futurs, qui présente une tyrannie sexuelle éprouvante, ou Le Génie et la déesse, brillant de psychologie amoureuse. Ce sont aussi des essais, parmi lesquels se détache Le Prix du progrès, une brassée de textes incisifs écrits des années 1920 aux années 1960, le plus souvent inédits en français.
Que de confort et de prodiges ont été aboutis grâce à la science ! Des premiers films parlants à la vélocité des voyages, l’on gagne en rendement, en sophistication. Cependant, surproduction industrielle, règne du divertissement pris en charge par des machines, surexploitation de la nature, technicisation de la société, totalisation du système, surpuissance des États, « standardisation des esprits », rien n’échappe à l’esprit critique d’Huxley. Il oppose « toute distraction organisée (…) toujours plus imbécile » à ces plaisirs « qui supposaient de fournir un certain effort intellectuel ». Au contraire de ces maux, il prône le « travail créatif », la « décentralisation », le « pacifisme », la liberté économique et l’individualité des pensées, non sans préférer « l’avenir du passé ».
L’on a sans peine deviné que cette anthologie, un siècle plus tard, n’a guère perdu de son efficience ; et encore il ne connaissait pas les développements de l’IA qui tendrait à se substituer à celle humaine. Même s’il faudrait ne pas jeter tout le progrès dans la boue de la déperdition de l’humain, ces textes doivent rester à portée de main.
Thierry Guinhut
Le Prix du progrès, d’Aldous
Huxley
Traduit de l’anglais
par Frédéric Joly, L’Échappée,
320 pages, 22 €
Essais Le Prix du progrès
janvier 2026 | Le Matricule des Anges n°269
| par
Thierry Guinhut
Un livre
Par
Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°269
, janvier 2026.

