Le sujet Gérard de Nerval (1808-1855) reste l’un des plus magiques de la littérature française des deux derniers siècles. Outre que sa poésie renouvelait les codes, sa maladie en fit un sujet singulier, et ses chroniques et voyages épaississaient encore un corpus que des livres comme Aurélia ou Les Filles de feu suffisaient à distinguer très nettement du lot. Une énigme, un charme, un destin… Professeure de littérature française à l’ENS (Lyon), et notamment de la poésie des XIXe et XXe siècles, Corinne Bayle-Goureau a pris le taureau par les cornes et proposé ce qui ressemble à un tour de force : un compendium de l’œuvre du Desdichado, de celui qui se pendit de misère, rue de la Vieille-Lanterne (à l’emplacement actuel du Théâtre de la ville, à Paris, place du Châtelet), depuis son passage par le Petit-Cénacle, où il fréquentait la crème des bousingots (ceux qui font du bousin, du bruit, du chahut), c’est-à-dire Pétrus Borel, Célestin Nanteuil, Philothée O’Neddy, Auguste Maquet, etc. jusqu’à sa mort, sans oublier sa jeunesse et ses activités nourricières et l’histoire éditoriale de ses œuvres. Pour tout savoir de Nerval…
Corinne Bayle-Goureau, vous publiez un nouveau dictionnaire consacré à Gerard de Nerval. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans une telle aventure ?
C’était une commande des éditions Classiques Garnier qui ont développé une collection de « Dictionnaires littéraires ». J’ai d’abord hésité : il existait un Dictionnaire Nerval, paru en 2006, aux éditions du Lérot, sous la direction de Claude Pichois et Michel Brix. Finalement, c’était un défi de diriger un autre Dictionnaire, vingt ans après. Cela m’a obligée à réfléchir à l’image que je voulais donner de Nerval, à ce que je voulais mettre en lumière. Les notices ne se contentent pas d’être factuelles ; elles proposent des lectures.
Quels axes avez-vous privilégiés ?
L’œuvre, sans aucun doute. Il y a les notices attendues sur la famille du poète, les lieux de son existence, les voyages (Italie, Allemagne, Orient) ; des entrées sont consacrées à des artistes proches, d’autres à de grands lecteurs (Proust, des poètes du XXe siècle), à ses dialogues par-delà le temps avec l’Antiquité (Virgile, Ovide), les grands mythes (Orphée ou Isis), les écrivains, musiciens ou peintres des siècles passés (Rousseau, Mozart ou Watteau). On trouvera aussi des synthèses (« mélancolie », « ruine(s) », « sublime », traitées par Martin Mees, ou celles autour de sa pensée religieuse, comme « panthéisme », « illuminisme », dues à Keiko Tsujikawa). Mais les notices sur les œuvres prédominent. Nerval s’est illustré dans tous les genres. Le Dictionnaire fait un sort à toutes ses pièces de théâtre, souvent mises à l’écart parce que beaucoup sont des collaborations (notices d’Olivier Bara et de Sylvain Ledda) ; il s’attache aux odelettes de jeunesse et aux sonnets de la maturité, aux nouvelles achevées et aux essais romanesques, aux projets sans suite et...
Histoire littéraire Nerval en entrées
février 2026 | Le Matricule des Anges n°270
| par
Éric Dussert
Un nouveau Dictionnaire Nerval voit le jour, remettant sous nos yeux un corpus et un homme de poésie majeurs dont l’influence, écrit par écrit, se lit tous les jours.
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