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Poches Coups du sort

mars 2026 | Le Matricule des Anges n°271 | par Éric Dussert

À l’occasion du dixième anniversaire de sa disparition, Maurice Pons fait à nouveau tourner les presses.

Délicieuses frayeurs

La réédition des Délicieuses frayeurs de Maurice Pons rappelle à propos que cet écrivain aussi discret de son vivant que cardinal fut un nouvelliste hors pair. L’Académie française elle-même s’en aperçut qui lui offrit son Grand Prix de la nouvelle en 1985. Chacune des neuf nouvelles du recueil de 2006 – c’était alors une composition inédite de nouvelles éparses – assure une flagrante administration de la preuve que personne ne s’est trompé en l’occurrence : neuf nouvelles qui sont neuf délices, parfois cruels ou amers. Des nouvelles fleuries, certes, mais au couperet final bien tranchant, c’est ce que l’on aime en général, comme on apprécie le « moment aha » du haïku bien troussé.
Né en 1927, ce contemporain de René-Nicolas Ehni (1935-2022), l’épatant auteur de Babylone vous y étiez, nue parmi les bananiers, si l’on s’en souvient, a connu une carrière littéraire un peu irrégulière, entre Métrobate (Julliard, 1951) et un essai sur Paul Klee (Invenit, 2011), laissant un chef-d’œuvre Les Saisons (Julliard, 1965), dont l’auteur lui-même reconnaissait volontiers qu’il s’agissait de son meilleur livre. Une publicité ambulante pour les grandes années de l’éditeur René Julliard (1900-1962) qui sut attirer de Pierre Boulle à Vladimir Pozner, en passant par Louis Calaferte, Françoise Sagan et tant d’autres qui comptaient au sortir de la guerre.
La version initiale de ce roman un peu terrible, un peu fou et terriblement sardonique, « La Vallée », est l’une des composantes du présent livre. La nouvelle avait paru en décembre 1960 dans Les Lettres nouvelles. Déjà, sur les sentes d’un Buzzati qui se serait obstiné à relever ce que le sort de l’humanité a d’inexorable et de ridicule, on y suit la population tout entière d’un village cherchant ailleurs une herbe plus verte, si l’on peut dire de ceux qui en montagne n’ont que roche et glacis, et finissait, au terme d’une marche épuisante, tuante même, par rencontrer la population d’un autre village venant en sens
inverse pour une autre herbe bien verte et bien inexistante aussi… La misère de l’être humain en quelques pages, voilà le talent de Maurice Pons, styliste sans effets de manche, direct, drôle et parfaitement conscient de ce qu’il écrit.
Journaliste, éditeur de l’ombre, écrivain, Maurice Pons aura laissé avec ses magnifiques nouvelles (nous n’avons pas parlé de « L’Œil du chat », du « Violon », de « La Sonnette » qui subjuguent, dans le souvenir des grands Anglais et de Poe) une idée du tragique qui ne se dépare pas du hasard sans queue ni tête, du destin qui ne peut qu’aboutir et de l’humour inhérent à la maladresse de l’être humain : « Ciel, c’est Eftychia ! La voilà morte ! criait-on de toutes parts./– Et en regardant les deux soldats :/– Et déjà qu’elle était sourde. »
Avec Mademoiselle B., réédition en poche d’un roman de 1973 (Denoël), c’est à une autre trace de l’humanité que Pons s’attache, celle de ses mythes ancrés de toute éternité. En opposition à l’autre figure de la tavernière Rosa (Denoël, 1967 ; Bourgois, 2025), B. incarne le mythe de la dama bianca, la dame blanche, figure néfaste et honnie, sirène des terres, mangeuse d’hommes, que Pons, transformé en un inspecteur Pons – décrivant une existence personnelle très précise et plausible – découvre dans son environnement rural familier… La mort rôde et elle s’active. La tavernière Rosa, elle, au contraire, offrait aux hommes une vie de paradis en son sein, comme une vivante représentation de Bosch… Mademoiselle B., vêtue de blanc et de dentelles, gantée de filoselle passe, fait fuir les dames patronnesses comme l’ail les vampires, et elle attire dans ses filets, cette stryge, les hommes malheureux. « Mais, vous voyez, on dit bien comme ça que les femmes, elles ont le don de vie. Eh bien, la demoiselle, ça serait plutôt le contraire. » Et bien sûr, illustré par Angoisse derrière la fenêtre, le tableau de Paul Klee qui fascinait Pons, un drame se noue…

Éric Dussert

Maurice Pons, Délicieuses frayeurs,
Le Dilettante, 110 pages, 12
et Mademoiselle B., Christian Bourgois, « Satellites », 280 pages, 9,80

Coups du sort Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°271 , mars 2026.