La rédaction Gilles Magniont
Articles
Trips et boyaux
Avec The Sick Bag Song, embarquement immédiat dans la machine ardente de Nick Cave, « système nerveux qui carbure à la rime et aux fantômes ».
Cela combine plusieurs histoires. « Nous avons traversé des centres-villes revitalisés, des centres-villes en voie de revitalisation, des centres-villes agonisants » : en juin-juillet 2014, de Nashville Tennessee à Montréal Québec en passant par Denver Colorado, il y a Nick qui parcourt l’Amérique du Nord avec son groupe pour une tournée de vingt-deux dates, et qui tourmenté tente régulièrement de joindre sa compagne sur « ce putain de téléphone ». Il n’y parvient qu’à la toute dernière page, alors « Je rentre chez nous », fin du livre et de la tournée.
Et puis il y a Nick qui cherche...
Traits sur la ville
Récit du premier festival du dessin d’Arles, où se sont croisés expositions, rencontres, spectacles et films. De quoi déployer généreusement tous les langages des dessinateurs, et mettre leurs figures à notre portée.
On ne s’en aperçoit que peu à peu, au fil des expositions : les visiteurs regardent les dessins de très près, ne tournent pas autour avec déférence, ne se tiennent pas à distance respectueuse. Bien au contraire, les voilà qui quasiment collent leur nez aux œuvres exposées, froncent le sourcil, ajustent leurs lunettes et puis montrent du doigt un détail à leur voisin, comme lorsqu’il...
Couleur de sang
Autour d’Horace McCoy et de ses Romans noirs, un épais volume donne à voir la brutalité du système social et le détraquement des systèmes nerveux.
Sur un exemplaire de Gatsby le magnifique, Fitzgerald – né quelques mois avant McCoy – avait mirlitonné cette dédicace : « De Scott Fitzgerald/(Un prophète du malheur)/ Pour Horace McCoy/ (Pas un héraut du bonheur) ». Pour Horace, ce fut en tout cas, entre 1897 et 1955, une vie américaine telle qu’on se la figure, et plus encore : enfant misérable, fringales d’autodidacte, boulots variés...
La mort et Cavanna
Le Dernier qui restera se tapera toutes les veuves et Stop-crève : des titres qui claquent pour deux recueils d’articles finement édités par Wombat.
La première nécrologie énonce les règles du Trompe-la-Mort : « Ça se joue avec une photo de classe (…). Alors voilà, chaque fois qu’un de vos vieux copains d’école meurt, vous prenez de l’encre bien noire et un pinceau et, d’un grand coup de pinceau en plein sur la gueule, vous l’effacez de sur la photo. Quand tous vos petits copains sont effacés, vous restez seul et vous avez gagné. »...
Les rois du tourniquet
Loïc Artiaga et Matthieu Letourneux suivent le fil du Fleuve Noir et de quelques décennies de collections populaires, entre nouveau monde et fin de banquet.
Aux origines de la pop culture : le titre pourrait, en dehors de l’enfance d’Élisabeth Borne, rendre compte d’à peu près tout. Le sous-titre est plus éclairant – Le Fleuve Noir et les Presses de la cité au cœur du transmédia à la française, 1945-1990 –, qui ramène à l’après-guerre. Les éditeurs compromis par la collaboration s’en sortent assez bien, les hommes et les structures se...
À la pointe – chronique
Merci Bernard
Cette page semble se répéter : après Éliette Abécassis et Gaspard Koenig, revoilà un normalien-baladin, Nathan Devers. Lequel publie chez Gallimard un essai dont le titre ne modifie que d’un complément celui d’Aimer, roman de Sarah Chiche chroniqué ici même il y a quelques mois – mais quel complément, puisqu’il s’agit désormais d’Aimer Jérusalem.
Pas de souci. Et puis Quitter Gaza ? Gardons-nous toutefois de donner voix à nos passions tristes, et prenons la peine d’ouvrir cette somme qui dissuade les positions trop tranchées. Tout y commence par une « cassure » : alors qu’il s’apprête à...
Dans ton ru
Philosophe-essayiste tendance Tocqueville et libéralisme des Lumières, Gaspard Koenig est aussi romancier, par exemple avec Aqua, récemment paru aux éditions de l’Observatoire. Ça se passe à Saint-Firmin, près de Caen : météo déréglée, cycle d’inondations et sécheresses, l’eau viendra-t-elle à manquer ? Martin l’énarque voudrait raccorder la source locale aux installations de la communauté de...
Les albatros
Le couloir que je prends, c’est celui qui mène au passé. Ce voyage spatial est un périple temporel, une machine à remonter le temps, et je me demande où il va me conduire ». Décidément, la collection « Retour chez soi » est une mine ouverte par Flammarion, avec ses thrillers existentiels qui offrent à des écrivains la possibilité de revenir dans un lieu de leur enfance ou de leur adolescence...
Médiatocs – chronique
Génération écran plat
Mazarine Pingeot, fille de et future mère, met sa vie en forme.Puis vend sa télé.
Je reste enfermée dans la maison. Ma chienne préfère le sommeil, je ne la comprends pas » : trois propositions, quelques mots très simples, Mazarine effleure le mystère du règne animal. Puis, dans la même page, elle évoque le chat, le cheval, ou encore la grenouille. Mais comme cette dernière rappelle Kermitterand, la future mère a ce cri déchirant : « Peut-être vendrons-nous la télé quand tu arriveras. »
Certains diront qu’il est bien des gens qui se débarrassent de leur télé, mais peu qui la vendent (sauf nécessité extrême), et que Mazarine n’est donc pas très généreuse, un peu petite...
Avec la langue – chronique
Un peu plus près des étoiles
Avec vingt ans d’avance, la troupe Gold avait trouvé la formule de l’art contemporain.
La trentaine détendue fait danser ses enfants au rythme des djembés, les chapelles ruissellent de mises en voix, Mathilde Monnier reprend du rosé : voici venue la saison du spectacle vivant. Mais les joies du live recouvrent le verso non moins solaire des festivals : le Programme, prose dédaignée comme la servante qui n’aurait d’autre rôle que de nous mener à sa maîtresse, la représentation. Or c’est dès les rives du rédactionnel que le désir d’art peut être comblé, en témoignent les deux cents grammes d’Avignon 2008, œuvre en soi dès son premier paragraphe. Valérie Dréville « ne veut pas...
Le patois c’est moi
L’époque a trouvé son mot d’ordre : sous les biloutes, la France !.
Puisque cette œuvre ne montre presque rien du Nord/Pas-de-Calais (sinon quelques briques, deux trois toiles cirées, un bout de littoral), puisqu’en masse les spectateurs en reviennent pourtant remplis comme d’une savoureuse démonstration, rendons-nous à l’évidence du Verbe : c’est la part de dialogue qui fait à elle seule toute la valeur anthropologique de Bienvenue chez les Ch’tis, dont...
Cela pourrait choquer
Quelques nuages de censure, au ciel menaçant des bienséances.
Au début du XXIe siècle : La Nouvelle Star, majesté terrible du jury, et que dire de la salle (prononcer à l’araméenne : pavillon Baal-TÂR), quand c’est au tour du dénommé Ycare, éventuellement de sang cimmérien, de faire ses preuves sur Le Chanteur de Daniel Balavoine. Lio et son tribunal diront parfait, il faut le garder, mais ne souffleront mot d’un alexandrin altéré. Balavoine en son...
Courrier du lecteur – chronique
L'homme qui aimait les livres
Coups d’œil sur « Le Dictionnaire Truffaut », où les romans se font devant et derrière la caméra.
« J’espère que vous garderez longtemps cette gravité du regard et cette façon simple et un peu malheureuse de vous exprimer », écrivait joliment Genet au jeune Truffaut. À parcourir le Dictionnaire, on ne s’éloigne jamais longtemps de la chose littéraire. D’abord, parce que les films sont ici le plus souvent des adaptations, au gré des lectures éclectiques de l’autodidacte : David Goodis pour Tirez sur le pianiste, William Irish pour La Mariée était en noir, Henry James pour La Chambre...
Espèce de Hongrois !
« Tout est pur à ceux qui sont purs » (Saint Paul) : promenade guidée au doux pays de l’Injure.
Bougnoule/ Niakoué/ Raton/ Youpin/ Chinetoque/ Putain/ Maquereau/ Macaque/ Chien » pour ceux que n’aurait pas rassasiés cet Hymne à l’amour de Jacques Dutronc, les éditions 10/18 rééditent les travaux de Robert Edouard, publiés une première fois en 1966. Voilà un tombereau qui en impose, avec plus de huit cents pages découpés en deux volumes, le Dictionnaire des injures venant accompagné de...
Quelques déflagrations
Bang ! dévoile et commente toutes sortes d’images. Il y a les images des bandes dessinées, bien sûr, avec notamment l’interview d’Alan Moore, scénariste britannique assez génial qui donne de très politiques contours aux superhéros de papier (on lui doit entre autres les Watchmen et V pour Vendetta) ; mais aussi les images qui cherchent à échapper au livre et recherchent pour ce de nouveaux...




