La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Des livres
Ce nom sans écho, T.1 : Brigue et le talion
de
Rodrigo de Zayas
Ce nom sans écho, T.2 : Les Faussaires
de
Rodrigo de Zayas
Ce nom sans écho, T.3 : Shéol
de
Rodrigo de Zayas
L’échiquier de l’Histoire
Musicien, historien et écrivain, le Sévillan Rodrigo de Zayas a composé une tétralogie monumentale et érudite. Contre toutes les inquisitions.
Comment considérer les trois premiers volumes de la tétralogie, Ce Nom sans écho que Rodrigo de Zayas a écrits directement en français ? Grande fresque romanesque ou essai politico-historique ? La fiction, choisie comme mode d’expression par l’auteur, nous engagerait à considérer La Brigue et la talion, Les Faussaires et Shéol comme des romans. Mais le peu de soin apporté à l’art romanesque...
Un livre
Autobiographie d’un autre : esquisse
de
René Pons
Autobiographie d’un autre
Voici un livre qui devrait renvoyer bon nombre d’autobiographes au silence. Ici, pas d’anecdotes ni de potins, pas de psychologie de cafés du commerce. René Pons, dans une prose qui a dû longtemps flirter avec la poésie, arrache le masque affable qui fait de tout homme un être fréquentable. D’une cruauté exemplaire, et avec une colère bienvenue, il exhibe ses gouffres noirs. Écrivant depuis...
Un livre
Les Ormeaux
de
Georges-Olivier Châteaureynaud
Les ormeaux
Le narrateur de la longue nouvelle (sertie dans un bel ouvrage) de Georges-Olivier Châteaureynaud arrive nuitamment avec sa mère à Éparvay-sur-Mer. On ne sait d’où ils viennent tous deux, de quelle malédiction, de quelles souffrances. Ils se déplacent la nuit afin de masquer leur misère. L’enfant découvre une étrange ville maritime empreinte d’une léthargie et d’un brouillard d’où ne...
Un auteur
L’écriture consacre l’absence
L’œuvre de Claude Louis-Combet semble sortir d’un chaos où la foi, le désir, la monstruosité s’interpénètrent avec la volonté d’être en phase avec la cosmogonie.Elle constitue comme une matière organique issue du plus profond des fantasmes d’un homme empli de spiritualité. Entretien avec un écrivain en quête.
La visite de son bureau, véritable matrice tapissée de livres et de photographies dévoile sur sa table de travail quelques feuilles manuscrites d’un ouvrage en cours.Et bien sûr, ce qui frappe, c’est la quasi absence de ratures sur ces pages où, pourtant, courent de longues phrases. Claude Louis-Combet n’entretient pas un rapport habituel avec l’écriture. Celle-ci semble d’abord se constituer...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


