La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Novarina, naissance par les gouffres
Les éditions P.O.L. publient L’Animal du temps et l’Inquiétude de Valère Novarina et les éditions Tristram proposent les mêmes textes, joués par André Marcon son acteur fétiche, gravés sur deux disques compacts. Rencontre avec un écrivain à lire et à entendre.
A propos de l’œuvre de Novarina Philippe Sollers écrivait dans le Monde du 22 août 1980 : « Je ne crois pas qu’on ait jamais rien exprimé d’aussi précis, d’aussi violent et lucide sur les techniques d’écriture (…) que le discours académique et le marché s’en défendent, rien de plus normal (…), mais l’art nouveau, l’esprit nouveau n’en continuent pas moins leur marche. Ars nova, ars...
Un livre
La Descente du Gange
de
Lokenath Bhattacharya
Prophéties bengalies
Celui qui s’avance et se présente, c’est Lokenath Bhattacharya. Ce qu’il a à nous dire est terrible. Venu accomplir un pélerinage aux sources du Gange, dans l’Himalaya, avec un groupe d’hommes et de femmes, il témoigne de la disparition des neiges sur le toit du monde. D’autres, à leur tour, s’avanceront sur la scène, et en pleine lumière évoqueront les divinités indiennes. Se remettre aux...
Un livre
Journal d’Hannah
de
Louise Lambrichs
La double vie d’Hannah
Il est des journaux intimes qui ressemblent fort à des agendas mondains. Le talent de l’auteur se mesure alors en nombre de personnalités couchées dans ses pages (et parfois dans le lit même de celui qui écrit). Il en est d’autres qui donnent au lecteur une intelligence qu’il ne soupçonnait pas avoir. A coup sûr, Journal d’Hannah appartiendrait à cette seconde catégorie s’il n’en faisait pas...
Un livre
Les Incroyable Péripéties d’Estebanico el Mauro
de
Eddy Devolder
Au nom de la liberté
Il pourrait n’être question de rien dans le dernier livre d’Eddy Devolder que sa lecture serait jubilatoire. Son écriture relève de l’art et dresse le tableau des conquête en Amérique.
Le roman (plutôt que poème épique comme indiqué en quatrième de couverture) d’Eddy Devolder recèle un piège tendu au lecteur. Le style de son auteur est d’une si rare beauté que l’on se laisse facilement bercer par la musique des phrases sans prendre garde à ce qu’elles nous disent. Elles sont ces phrases, comme de longs solos au cœur d’un morceau de be-bop, si longs et si envoûtants,...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


