La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Le fils à l’amer
Avec sa sensibilité d’écorché vif, Yves Charnet trouve plus qu’une consolation dans la pratique du diariste : une manière de faire de l’ombre une pourvoyeuse de lumières.
Alors que sa mère, après une mauvaise chute, entre dans le crépuscule de sa vie, Yves Charnet essuie un nouveau refus de son éditrice. Rejeté à nouveau, le quinquagénaire voit s’ouvrir la grande gueule de la dépression. L’écriture du journal intime que nous lisons ici vient diluer l’amertume et donner à la détresse les éclats d’une langue superbe, à l’image de ce costume de lumière...
Un auteur
Seul et en bonne compagnie
Deux livres viennent rendre compte de l’univers poétique de Thomas Vinau, entre prose nerveuse et poésie rêveuse, entre Carpentras et Montana.
C’est une voix qui se fait entendre. Pas avec un haut-parleur, ce n’est pas le genre de Thomas Vinau. Le garçon préfère les chemins de traverse de la petite (et parfois grande) édition. En neuf ans, ce ne sont pas moins de vingt-quatre titres qui ont pavé un chemin céleste reliant une littérature américaine gouailleuse en diable et les solitudes éparses d’une poésie française en quête...
Penser ensemble
L’un a inventé le concept de « sensure » et de « Castration mentale » (Bernard Noël), l’autre a établi celui de « domination » (Michel Surya). Les deux sont philosophes et écrivains, engagés pleinement dans la pensée intime du monde, meurtris tout autant par la fin du politique terrassé par l’argent. Leur correspondance ne date pas d’hier. Ici, elle est rassemblée, fragmentaire, sous la...
Génération Vietnam
Avec Retour à Martha’s Vineyard, Richard Russo confirme qu’il est une voix majeure de la littérature américaine. Maître dans l’art de narrer, l’écrivain insuffle une profonde humanité à ses personnages.
S’ils étaient des vins, les romans de Richard Russo seraient classés du côté des plus belles appellations. Profonds, amples, fluides et sans défauts ils semblent issus d’une tradition romanesque à laquelle le Vieux Continent a contribué. Si l’artisan est bon et connaît son métier (il a longtemps enseigné la littérature à l’université), il ne met pas son savoir-faire au service du marché des...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...





