La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Extractions de la zone d’oubli
Entre proses fragmentaires et poèmes, le nouveau livre de Bertrand Belin fore la mémoire pour en rapporter les sédiments d’une enfance étouffée. Et fixe la matérialité des origines.
Avec Vrac Bertrand Belin ne déroge pas à une règle qui se fait jour dans son œuvre : chaque livre sera différent de ceux qui l’ont précédé mais tous auront cette même marque de fabrique singulière, difficile à identifier pourtant mais impossible à ignorer. Comme un peintre qui changerait de méthode mais conserverait une « patte » permettant d’identifier l’origine de chaque tableau. ...
Un auteur
Dire l’autre et dire « je »
En neuf livres, François Beaune a jeté les fondations d’une œuvre sans limite, construite sur les témoignages de figures croisées au fil du temps. Une manière d’habiter l’autre.
Si ses deux premiers romans Un homme louche et Un ange noir faisaient la part belle à la fiction quand bien même ses personnages étaient l’émanation de personnes réelles, l’œuvre romanesque de François Beaune s’est affranchie avec Une vie de Gérard en Occident et surtout Omar et Greg des artifices narratifs. Reconstructions littéraires de vies réelles, ses livres font voir bien plus que des...
Un auteur
Super nana
Venue de Marseille dans la capitale pour propulser sa carrière de comédienne vers les sommets de la gloire, Gwenn une « Bretonne de Martigues », la trentaine sexy, se retrouve vendeuse dans un sex-shop de Pigalle. Une scène de théâtre comme une autre, à ceci près que s’y produisent d’étranges personnages dont le cinéma permanent tient plus de la cour des miracles que de la Metro Goldwyn...
Un auteur
Collecteur d’histoires
Venu à l’écriture pour s’écarter du monde, c’est par l’écriture que François Beaune s’y plonge pleinement. En allant à la rencontre des autres, micro en main, il s’offre un corpus immense d’histoires sur lesquelles poser une écriture en mouvement. Et atteindre le collectif.
Un exégèse de la fin du troisième millénaire déterminera peut-être un jour ceux qui parmi les différents « je » qui mènent la narration de ses livres se rapportent directement à François Beaune et lesquels à d’autres personnes rencontrées au cours de sa vie. Pour l’heure, on peut mettre le nez dans La Lune dans le puits, sous-titré « histoires vraies de Méditerranée » en quête des « je » en...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



