La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
L’édition d’après
Quelles conséquences la crise économique, engendrée par celle de la Covid-19, aura-t-elle sur le monde de l’édition ? Tentative de réponse sans boule de cristal avec l’universitaire Olivier Bessard-Banquy.
Alors que déjà de grands groupes (Renault, Airbus et même Sanofi) ont annoncé de rudes plans sociaux légitimés par la crise économique dont on mesure encore mal l’ampleur, qu’en sera-t-il de l’édition littéraire en France ? Comment les librairies, contraintes à une fermeture dans le même temps où les grandes surfaces concentraient l’activité commerciale, vont-elles absorber la prochaine...
Ce qui est enfoui
Lumineux nouvelliste, géologue de l’âme humaine, Rick Bass n’a pas son pareil pour saisir en des récits limpides ce qui gît au fond des êtres, et qui les lie à l’intemporalité du monde.
Huit nouvelles de tailles différentes sont ici rassemblées dans un livre dont le titre originel, For a little While, fragilise l’instant, le moment suspendu, l’épisode où toute vie trouve son sens. C’est une chasse éprouvante à l’élan qui ouvre le recueil, où Rick Bass fait entendre à nouveau la sauvagerie d’une nature aussi rude que splendide (« Élan »). Un voyage ensuite vers Yellowstone...
Ma première journée au FBI de Jean-Paul Chabrier
Ozzy Tristano est un drôle de flic attaché au 87e district de New York tout autant qu’à sa femme Daisy qui vient de lui annoncer qu’elle le quitte. Ozzy est un grand sentimental au langage châtié, qui use plus que de raison du subjonctif et déploie une langue nourrie aux plus anciennes sources, se permettant des « adonques », des « choir », des « j’en suis contrit » qui brillent dans la...
Le courage des oiseaux
Avec Éphéméride, Valérie Rouzeau entrouvre sa fabrique intime d’écriture. On y voit battre un cœur gros, irrigué par un sang fait des voix venues de l’enfance et des livres. Vivifiant.
Certes, l’éditeur a tenu à inscrire au fronton du nouveau livre de Valérie Rouzeau le mot « poésie », mais Éphéméride est un livre qu’on devrait pouvoir mettre entre les mains de tous les lecteurs que la poésie effraie, intimide, ennuie. Entre journal de bord, carnets intimes et fabrique du poème, le nouvel opus de la poète (elle n’aime pas le mot poétesse) est avant tout un livre...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...




