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Poésie Deluy, empathiquement

juin 1996 | Le Matricule des Anges n°16 | par Didier Garcia

Un essai, comme une manière d’hommage, consacré à un des personnages clés de la poésie contemporaine. Complaisant et discutable.

Henri Deluy, une passion de l’immédiat

L’ambition de ce travail serait de faire en sorte que le personnage cesse d’occulter le poète. » Cet avertissement de Claude Adelen n’a vraiment rien d’excessif : Henri Deluy est bien de ces écrivains dont l’œuvre ne représente qu’une part infime de leur travail littéraire. Né en 1931, Henri Deluy est aujourd’hui connu en tant que directeur de la revue Action Poétique, qu’il dirige depuis 1955. Mais aussi en tant qu’anthologiste (dernière anthologie parue : Poésie en France depuis 1960, 29 femmes, une Anthologie, Stock,1994), mais encore traducteur (de Fernando Pessoa, d’Adilia Lopes…), mais encore chroniqueur, directeur de la Biennale internationale des poètes en Val-de-Marne… Autant d’activités qui ont tendance à masquer la production du poète.
L’essai de Claude Adelen, qui occupe l’essentiel de ce volume, procède à une mise à nu minutieuse, appliquée, enrichie de quelques poèmes (une cinquantaine au total), estampillée de fac-similés, complétée d’un entretien et de recettes de cuisine inédites -de loin les pièces les plus originales. Un dossier conséquent qui propose une lecture de l’œuvre par le biais de ses composantes thématiques. Comment se peut-il alors que l’ensemble paraisse si peu convaincant ?
La poésie d’Henri Deluy y est déjà pour quelque chose. Une poésie que l’on pourrait dire laborieuse, honnête parce que besogneuse, avec un déplaisant sens du concret, de la matière, du domestique ; une poésie réaliste, attentive aussi bien à la guerre qu’à la mer, balançant entre l’engagement et la contemplation, surtout requise par une nature sans vie : « Une fleur se bêche. Elle se fume./Elle s’arrose, elle se change de terre./Il faut la sarcler, la tailler. » Une poésie pour tout dire indigente.
Claude Adelen y est quant à lui pour beaucoup. La méthode choisie, certes proche du catalogage systématique, n’avait a priori rien pour déplaire : il s’agissait de présenter, par de petits tableaux d’une dizaine de pages, les forces qui travaillent l’œuvre d’Henri Deluy (la mer, le jardin, la nuit, l’amour, la mort, l’objet). Peut-être trop lente, comme trop sinueuse, peut-être simplement trop attachée à bien dire, cette présentation pèche par excès d’indolence - et la lecture parfois s’enlise. Mais il y a plus grave encore : Claude Adelen a l’affirmation péremptoire, la comparaison rapide et surtout peu fondée. Dès les premières pages de son examen, Deluy se trouve associé à Christian Prigent en compagnie de « ceux qui merdRent » (quoi de plus étranger pourtant à Prigent que de tels vers : « L’algue bleue s’étale sur la feuille des mers,/Nous parlons au présent car nous n’avons plus peur » ?), puis dans le sillage d’Éluard (pourquoi pas), de Benjamin Péret (c’est déjà plus contestable), enfin « loué » pour son lyrisme « quasi sadien » -ce qui est à la fois trop en dire et en dire bien peu ! Que penser enfin d’une telle question : « Qu’est-ce donc qui fait l’inquiétante étrangeté de l’écriture de poésie, et de celle d’Henri Deluy en particulier ? », poésie précisément des plus sereines, jamais inquiète ou si peu, jamais ulcérée même quand elle s’en prend aux vraies guerres ?…
Il est à craindre que cet essai ne donne pas d’Henri Deluy une image très avenante ; un texte sans chiqué eût sans doute mieux valu que cet excès d’emphase. C’est qu’à multiplier les comparaisons douteuses, sinon erronées, à trop vouloir exhiber quand il suffirait d’exposer, ce qui pouvait être un tombeau prend des allures d’exercice scolaire laborieux. Ce qui nuit à Henri Deluy, assurément.

Henri Deluy,
une passion de l’immédiat
Claude Adelen

Fourbis
228 pages, 120 FF

Deluy, empathiquement Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°16 , juin 1996.