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Domaine français La maman de Proust

août 1999 | Le Matricule des Anges n°27 | par Christophe Fourvel

Marcel Proust a longtemps attendu avant de devenir l’écrivain que l’on sait. Il fallait que Maman soit à jamais perdue pour écrire La Recherche.

Commençons ainsi : le plus grand roman de ce siècle est bancal.Voilà une œuvre de quinze volumes écrite par un homosexuel, dont on peut dire que parmi une foule de personnages invertis, seul ou presque, le narrateur ne l’est pas.
Il est un autre fait essentiel dans le vécu de Proust qu’il est important de savoir : La Recherche fut écrite après la mort de Maman, Jeanne Weil épouse Proust, celle dont les baisers au bord du sommeil ont su parfois se faire si longtemps attendre. Ces deux données se trouvent plusieurs fois formulées dans le livre intitulé Maman que Michel Schneider vient de consacrer à l’auteur de La Recherche et ce parfois de manière remarquablement éclairante.
Concernant le fils écrivain d’abord, citons ce passage : « que le fils devienne écrivain, la mère s’en offusque nécessairement, et pas seulement parce qu’il va dévoiler des secrets de famille. Parce qu’il touche à la langue maternelle, parce qu’il se fait une langue étrangère dans laquelle il s’exile. » À propos de l’homosexualité ensuite : « Proust préféra coucher par écrit ceux qu’il aimait ou désirait plutôt que de coucher avec eux. Avec le lit d’ailleurs, il entretenait d’étranges rapports inversés. Il n’y faisait pas ce qu’on y fait souvent : étreindre un corps, dormir quand vient la nuit, mais s’y livrait à ce que d’ordinaire on fait ailleurs : écrire du soir au matin (…) Proust ne touchait pas les corps. Il retouchait ses pages. »
La relation de Proust avec maman se donne ainsi à lire : la mère veut que son fils soit sans désir : qu’il dorme, qu’il mange bien, qu’il aime les hommes plutôt qu’une rivale. Elle ne veut pas qu’il soit écrivain. Le petit Marcel deviendra Proust après sa mort. Il écrira un livre de plusieurs milliers de pages qui sera l’histoire d’un écrivain qui n’arrive pas à écrire. Ce sera le livre écrit à Maman ; contre elle aussi, car les hommes auprès du narrateur comme de l’écrivain sont de vraies mères pour le petit Marcel : Robert de Saint-Loup s’inquiète de savoir si le narrateur n’a pas froid et Reynaldo Hahn vient déposer un baiser de bonne nuit sur le front de Proust. Il fallait cet affront à Maman pour que l’œuvre se fasse. Il fallait aussi cette fidélité : ces liens qui lient au lit.
Michel Schneider ne défend pas une thèse. Son livre est le livre d’un psychanalyste qui écrit de la littérature en la lisant. Il n’arrête pas d’inventer du sens.
Peut-être atteint-il parfois une sorte de saturation qui gomme momentanément le génie de l’œuvre questionnée. L’auteur avait fait paraître dans la même collection une évocation de Glenn Gould avec plus de bonheur. Il est vrai qu’il était face à un absent qui avait comme quitté sa musique de son vivant. Et la musique jouait dans le livre. Alors que Proust ne survécut que pour achever son roman. À bout de force, il multiplia les actes manqués, se montra derrière chaque page.
On dirait que la littérature tend un piège à l’analyste : celui de se faire oublier par lui. Pourtant que de belles pages pour dire ce qu’il ne faut pas dire : toute la haine qu’il y eut dans cet amour. Pour dire l’inépuisable d’un livre ; le temps jamais perdu de la lecture.

Maman
Michel Schneider

Gallimard (L’un et l’autre)
280 pages, 130 FF

La maman de Proust Par Christophe Fourvel
Le Matricule des Anges n°27 , août 1999.
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