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Poésie Strip-tease esthétique

septembre 2001 | Le Matricule des Anges n°36 | par Emmanuel Laugier

E. E. Cummings, père avec H. Crane et W. C. Williams de l’ultra-modernité américaine, fit sérieusement son autoportrait en 6 inconférences. Complexe et audacieux.

Il semble qu’il y ait quelque chose d’assez typique chez les poètes américains des années 20-50 lorsqu’ils sont appelés à parler de poésie lors de conférences : ils tournent autour du sujet en avouant bien haut leur incapacité d’en faire le tour. Sauf à lire directement leur livre, les voilà à raconter des anecdotes, à brouiller les pistes par des récits autobiographiques, tout en les raccordant à quelques passages pour eux fondamentaux de la poésie. C’est le sentiment, déjà, que donnaient les entretiens récemment traduits de William Carlos Williams sous le titre de Je voulais faire un poème (Unes, 2000). Celui-ci y parle en effet de ses livres, n’oubliant pas de décrire les conditions factuelles dans lesquelles ils parurent. Si bien que l’impression qui ressort est celle d’une impasse sur le véritable processus de la création. Impression sans doute faussée par l’habitude de lecture que nous avons des poètes européens et de leur habileté à réfléchir leur art (de Baudelaire à aujourd’hui, sans compter le florilège passé des essais d’arts poétiques…). Impression faussée parce qu’en cet art de ne presque rien dire, se dit pourtant bien des choses, à demi-mot. C’est en fait à un véritable strip-tease esthétique auquel nous assistons. E. E. Cummings, seul fils, né en 1894, d’une famille d’intellectuels de Cambridge, n’échappe pas à la règle. L’expression d’un strip-tease esthétique est d’ailleurs de lui et ouvre, après l’explication du plan de ses « inconférences », la première d’entre elles. Six allocutions, en tout, seront données entre 1952-1953 dans l’enceinte de la célèbre université d’Harvard. Chacune d’entre elles sera suivie de lectures choisies : chacune aura son sujet : je & mes parents, je & leur fils, je & la découverte de soi, je & tu & est, je & à présent & lui, je & suis & le père noël.
Ayant déjà reçu le Prix de l’Academy of American Poets, distinction suprême, E. E. Cummings n’est pourtant pas encore largement connu. C’est grâce à de nombreuses lectures publiques (l’année 1954), en lesquelles il excelle, que ses livres vont rencontrer un certain succès. Toutefois, lorsqu’il donne ses inconférences, la salle est comble. L’éloge qu’il fait par exemple de ses parents est tout à fait bouleversant, d’une grande sincérité et en rien conventionnel. Il en sera de même lorsqu’il parlera, poème à l’appui, de sa découverte de Somerville, ville populaire non loin de Cambridge, où l’idée de l’homme comme cas particulier deviendra la ligne de force de sa pensée esthétique et politique.
Paris, où il séjournera plusieurs fois dans les années 20 lui fera aussi l’effet d’une synthèse absolue des temps (passé, présent, futur), rejoignant alors presque les intuitions de Walter Benjamin : « Cette fois, je prenais part au mariage réel des choses matérielles avec les immatérielles ; je célébrais la réconciliation instantanée de l’esprit avec la chair, d’à-jamais avec à-présent, du ciel avec la terre. Pour moi, Paris représentait précisément et complexement cette dualité homogène ». Magnifiquement composées, emboîtées dans un format-carnet crème sur fond rouge, ces 6 inconférences ravissent par l’alliance subtile que l’auteur de W [ViVa] et de & [And], etc. sut leur trouver en mêlant sincérité et humour au sérieux d’une vie donnée à l’écriture.

Je : six inconférences
E. E. Cummings
Traduit de l’américain par Jacques Demarcq
Clémence Hiver éditeur
150 pages, 150 FF (22,87 )

Strip-tease esthétique Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°36 , septembre 2001.
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