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Domaine français La vie moderne

mars 2002 | Le Matricule des Anges n°38 | par Xavier Person

Superbe blues du père célibataire, Mon petit garçon de Richard Morgiève est un livre lumineux en monochrome noir. Soixante pages d’une intense et claire vibration.

Mon petit garçon est un livre léger comme l’air est léger, comme une caresse sur un visage aimé est légère dans l’air lumineux qui s’éclaircit. Comme les mots qu’on prononce parfois sont des caresses à peine. Les phrases y sont posées plus qu’écrites, déposées une à une, avec hésitation, avec d’infinies précautions. Elles ne veulent rien affirmer, rien figer, rien dire ou si peu. Elles n’ont rien à dire que leur mouvement pour s’avancer vers ce qu’on ignore toujours. Elles dansent parfois, très légèrement, très modestement. Elles dansent pour finir et sont dans l’air de purs mouvements, car tout est vide, car on n’est rien, on ne sait rien, on n’apprend pas grand-chose, on ne voit rien. Car on est seul, car tout nous échappe et on se retrouve seul, on vit seul, on a tout perdu.
Mon petit garçon est un livre grave et léger parce que la vie qu’on mène aujourd’hui est étrange, stupide, cruelle et belle, nécessaire et absurde. Les phrases d’une certaine manière y sont célibataires. Elles parlent de la solitude et de la mort, elles portent en elles le vide de nos vies solitaires, elles disent qu’aujourd’hui un père quitte la maison où son fils vit, un père aujourd’hui n’a pas de maison, il vit seul dans un appartement vide, il s’avance dans sa vie comme sur un fil. À son fils il n’aura rien à transmettre que ce qu’il est. Il s’avancera toute sa vie sur le fil mince de sa vie. Vivra-t-il ? Vivra-t-il autre chose que l’évanescence d’un rêve ? Des questions ici sont posées, avec une grande netteté. Des phrases sont des fils tendus sur un certain néant contemporain.
Écrivant ces soixante pages éblouissantes, Richard Morgiève ne semble assuré que du vide en contrebas de ses phrases. Sans cesse il trébuche dans le vide et se raccroche à ses phrases, il se jette dans ses phrases comme on se jette dans le vide, il finit par se dire en tombant dans le mouvement de ses phrases que quelque chose peut être écrit vers plus de paix et de bonheur, il finit par croire à ses phrases et quelque chose peut commencer d’avoir lieu, un mouvement se fait dans l’écriture, un tressaillement, quelque chose comme un ciel s’ouvre à la place du vide. On marcherait simplement au soleil. On serait éperdu d’amour et dans cet amour on s’illuminerait de désir et de promesses. On ne serait plus séparés.
Certaines phrases de Mon petit garçon sont un peu ivres, tout semble y être possible, on y entre comme dans les autres phrases mais cela tangue si fort à mesure qu’on avance que tout s’y mêle bientôt, tout s’y trouve transporté de ce qui fait qu’on est vivant malgré tout. Y monte le désir, l’appel violent de la chair parfois et sa douceur, un puissant désir d’abandon, la toute puissance du sexe, son effroi et sa plénitude, son érection. Ce qui fait que ce livre est indécent avec beaucoup de douceur. Ce qui fait que, dans la suite de Ma vie folle (Pauvert, 2000), la voix de Richard Morgiève s’y coule au plus intime mais sans jamais céder sur la délicatesse, comme si tout se jouait dans les mots, comme si par le seul choix des mots et leur afflux on allait pouvoir s’en sortir, s’y confiant comme on s’en remet à l’amour, comme on s’y donne, n’en attendant rien, en recevant tout.
On voudrait ne pas raconter Mon petit garçon, pour ne pas l’abîmer. Laisser intacte la qualité de vibration de ses phrases. Disons que nous y pouvons contempler ces trois mots, « mon petit garçon », un peu comme on contemplerait « les toiles monochromes noires peintes par Rothko à la fin de sa vie ». Disons simplement que ce livre est un pur miracle, de tendresse, de lucidité, d’émotion et d’intelligence. Comme si, au sommet de son art, un très grand chanteur de blues y posait sa voix très douce, infiniment juste et bouleversante. Chantant, nous murmurant à l’oreille son envoûtant « blues du papa ».

Mon petit garçon
Richard MorgiÈve
Éditions Joëlle Losfeld
62 pages, 6,5 (42,64 FF)

La vie moderne Par Xavier Person
Le Matricule des Anges n°38 , mars 2002.
LMDA PDF n°38
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