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juillet 2003 | Le Matricule des Anges n°45 | par Marc Blanchet

Raconter une chanson et sa fascination pour le rock en évitant toute séduction : Valéry Hugotte offre un objet littéraire émouvant, un instant de grâce au rythme de la prose.

C’est le récit d’un amoureux doublé d’une réussite formelle. Pour raconter un tel amour, les pièges sont nombreux. Écrire sur une chanteuse de rock, plus précisément sur une chanson de celle-ci (Back on the chain gang des Pretenders interprétée par Chrissie Hynde) tout en étant universitaire, voilà de quoi être jugé sans déjà se juger soi-même. La littérature tente d’entretenir des amours apparemment plus nobles puisque l’histoire d’un chansonnier semblera toujours avoir plus de charme que celle d’une rockeuse des années quatre-vingt. La lecture de A picture of you franchit tous ces obstacles. Non ce n’est pas le livre d’un universitaire qui appelle à soi le rock’n’roll pour en se penchant sur le berceau d’un « art mineur » faire sa fée littéraire. D’ailleurs rien de plus casse-gueule que de vouloir parler de ce qu’évoquent pour soi des chansons des années 50 aux années 80, de ces sentiments de bien-être ou de tristesse que la simple mention de leur titre suffit parfois à éveiller. Valéry Hugotte y parvient dans son livre sans faire de celui-ci un quelconque lieu d’expérimentation : à coups de zoom avant et arrière il aborde le mystère d’une chanson, le rattachant tantôt à l’histoire du rock tantôt au groupe même de cette divagation : les Pretenders.
Valéry Hugotte raconte, évoque, tente d’être la mémoire de souvenirs, de répondre à un temps passé par un art de la remémoration. Il avance à pas de loup dans ses souvenirs, commençant l’ouvrage par des voies détournées de l’objet même de sa passion, tout en balisant ainsi un territoire où le fantasme voisine avec la plus authentique émotion. C’est la première partie du livre, Face A. Soit plusieurs textes sur des chansons qui l’ont accompagné dans une adolescence où l’on imagine que l’abîme d’un Maldoror se déploie aux sons des Beach boys ou de John Lennon. « En vérité vous ne savez toujours pas très bien pourquoi il comptait d’écrire ces pages, pourquoi une dette d’adolescent s’impose parfois davantage que telles sollicitations autrement urgentes. Il y a des réponses ; mais, à la limite, il y en a trop, tandis que fait défaut la seule qui pourrait vraiment vous convaincre. Des réponses, tout de même : des mélodies qui vous appellent. Des images qui insistent. Des coïncidences troublantes, des rimes obscures. »
Ainsi, comme l’on va voir en poésie du côté des voyants, Valéry Hugotte va voir avec le rock’n’roll du côté des voyous. N’importe quel ouvrage d’alchimie vous le dira : voyant, voyou même racine. Il s’agit dans un monde lourd de normalité de chercher la faille, d’extraire de ses perceptions de nouvelles, de voir au-delà du cadre étroit de la réalité. En parlant des chansons Shotgun de Jr Walker and the allstars, I can see for miles des Who ou That’s entertainment de The Jam, Valéry Hugotte écrit son propre chemin dans une mythologie populaire, une forme d’autoportrait, éclairant telle chanson de la situation politique d’alors, une autre de la figure mythique d’un musicien ou de quelques couplets autant incompréhensibles pour le jeune français qu’obsédants. Avec une pudeur qui frôle l’élégance sans sombrer dans le dandysme, Valéry Hugotte joue les accords d’une mélancolie ou d’un enthousiasme qui préparent à la suite de l’ouvrage. Vertige, déluge, transgression constituent le versant tant désiré qu’éprouve l’adolescent au cours de ces années, en opposition à un autre fait d’habitudes, de silence et d’attente.
Après ces gammes inspirées, Hugotte sait qu’il doit maintenant utiliser l’instrument littéraire pour un autre assaut : dire l’inexprimable -cette chanson venue de nulle part dont les premières notes sont une entrée aux portes toujours changeantes, dont on ne sait jamais jamais sur quoi elles vont s’ouvrir : « Une chanson mérite d’être oubliée, et rien d’autre, si elle échoue à faire rencontrer une voix. Quand le morceau est juste, peu importe que la voix nous soit connue : ce sera forcément une première fois. La voix est vierge, disons, même répétée. Je n’en voudrai d’autre preuve, c’est mon pari en quelque sorte et il est temps d’y revenir, que les premières secondes de Back on the chain gang. Qui connaît déjà la voix de Chrissie Hynde pourrait s’y attendre, mais l’effet est plus saisissant que jamais, il est vrai surtout que l’on ne s’y habitue pas. Je veux juste parler de l’impression troublante d’une voix qui, à l’instant même de son émission, s’empare du morceau et supplante tous les instruments, alors même que l’on croirait entendre un chuchotement amplifié seulement par l’intimité d’une confidence. » Ce ton de la confidence, où l’on raconte par recoupements historiques, analyses de photos et de couvertures de disques ou anecdotes musicales le destin d’un groupe, Hugotte le maintient tout au long de l’ouvrage pour l’évocation de cet Objet de la plus haute vertu : la voix d’une chanteuse, un morceau qui atteint la grâce, et qu’importe que le lecteur connaisse le morceau, le rock ou les Pretenders. La littérature sait rendre essentiel n’importe quel élément qu’elle saisit quand elle atteint par une voix la grâce d’une expression. A picture of you raconte une voix comme on raconte l’histoire d’une passion, faite d’impressions et de souvenirs. Elle le fait sur un mode musical : exposition des premiers thèmes (Face A, chansons mythiques), nouveau thème et développement, puis un climax, un moment d’intensité où la narration glisse à force d’images et de sensations dans une fiction idéale, le pur bonheur de lire. L’écoute de ce livre permet d’assister à la naissance d’un auteur surprenant, qui a su déjouer les difficultés liées à son sujet comme restituer une jeunesse qui ne demande qu’à se poursuivre.
Cette intensité émeut définitivement lorsque Hugotte raconte comment Chrissie Hynde confie à la mort d’un des musiciens, alors qu’elle connaît enfin le succès, comment elle va laver son linge, devenue indifférente à ce qu’elle avait tant attendu. A picture of you atteint là un autre point musical : on a basculé, on est dans un rythme qu’on veut garder à l’oreille, pour ne pas perdre cette petite musique qui nous fait voir la vie en grand.

A picture of you
Valéry Hugotte
Prétexte éditeur
159 pages, 11

Image en mode majeur Par Marc Blanchet
Le Matricule des Anges n°45 , juillet 2003.
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