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Domaine français Souveraine outrance

juillet 2003 | Le Matricule des Anges n°45 | par Richard Blin

La beauté saccagée, l’impossible réconciliation des contraires, le désir comme ressort secret du monde : deux livres d’Ananda Devi, native de l’île Maurice.

Le Long Désir

La Vie de Joséphin le fou

Des mues, d’impondérables hymens, des girations planées, du vertige coagulé, des levées de jouissance, la poésie d’Ananda Devi conjugue l’amour à l’inventaire émerveillé du monde de son enfance et à la cruauté d’un présent désenchanté. Le Long Désir rythme cet inapaisement, mime cet état à coups de rapprochements et de séparations qui évoquent le mouvement même du désir, l’infinie morsure de son désordre luxueux. Une écriture de la chair, qui sait les secrètes alliances du fauve et du nuptial, les bonheurs de la proximité consacrante mais aussi le rayonnement noir des douleurs secrètes.
« Comme une lune décapitée je te regarde/ Tu es une effraction dans l’absence de mes nuits. Approche. Tends ton envie. Que je l’enroule autour de mes lèvres en un jus amer et putrescible. Tes yeux me songent et m’évertuent, me dégringolent d’impatience. Au bout, chute, cassure, fractures et contusions, hématomes comblés de nos corps, je m’en fous. Je suis celle que tu rouages. »
Feu incarné, clartés mûries dans la chair, rosée sanglante des amours mortes, la poésie d’Ananda Devi relève du solfège des primitives dévotions, de l’érotisme des émotions et de ce lieu « où les passions ventrales ont des ailes et l’horreur un air de grâce ».
Le désir qui implore, la souffrance qui déborde, la nostalgie édénique et la solitude ont fait de Joséphin le fou, une cicatrice d’homme, une victime en révolte contre le massacre de la beauté. Rejeté par sa mère, il a cherché, et trouvé, auprès de l’océan, cette forme de connivence heureuse et de complicité mythique qui le fait penser eau, agir eau, vivre eau. Accordé à ses rythmes profonds, aux grands gestes de son âme profonde, il pense en enfant des vagues, des marées et de la lune. Jusqu’au jour où il décide de faire partager son royaume à deux jeunes filles qu’il enlève, « deux reines enveloppées de la soie de leurs rêves, deux vraies fleurs des sables ». Il veut les préserver, les « protéger, filtrer l’eau de leur vie pour enlever le poison et les laisser respirer et nager dans la pureté ». Lenteur, tension, sensualité du regard - « Etre heureux, c’est voir Solange dormir le pouce dans la bouche. Etre heureux, c’est voir Marlène lui offrir son corps comme matelas ». Une aventure qui finira mal.
Évoquant la matière de l’écriture, Ananda Devi dit la nécessité de distendre la pensée et son ombre élastique. « Dans le flux, dans la marée qui gonfle et épaissit le sens des choses, il faut parfois laisser s’effacer la pensée comme l’écume des vagues, et saisir l’ombre dilatée qu’elle a brièvement surplombée. C’est cette ombre-là qui contient la substance. C’est elle qui fait acte d’interdit, qui va chercher les saisons folles, les instants microscopiques de la démesure ». D’où la couleur de son écriture toujours à fleur d’éclair, et cette façon de conter la vie de Zozéfin, ce fou sublime qui cherchait le regard du paradis. « Toutes les femmes au réveil ont un peu de paradis dans les yeux et c’est ça que je cherche partout, partout, c’est de ça que j’ai soif, moi, Joséphin, envie de boire ce liquide et de faire entrer ce paradis en moi comme ça serai heureux plus jamais seul j’aurai plus jamais seul… » Une communion-immolation qui a la nudité sombre des Goya et l’âpre beauté du chant des sirènes.

Ananda Devi
Le Long Désir
136 pages, 11,90
La Vie de Joséphin le fou
96 pages, 9,50
Gallimard/Continents noirs

Souveraine outrance Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°45 , juillet 2003.
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