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Domaine français Faits d’hiver

septembre 2003 | Le Matricule des Anges n°46 | par Jean Laurenti

Dans une région exsangue, un meurtre a été commis. Thierry Hesse dit avec gravité la souffrance sociale et la douleur des êtres.

Le Cimetière américain

Un livre qui clôt sans douceur la saison des cartes postales. Il s’agit bien d’un voyage, pourtant, en pays vosgien (dans les méandres de la V. qu’on ne nommera pas Vologne) nourri puis abandonné par l’industrie textile : on y rencontre des êtres courbés par la défaite, la lassitude, hommes et femmes qui ne semblent plus vivre que par habitude dans un environnement industriel délabré, gangrené par les fermetures d’usines et le chômage. Le cadre idéal pour qu’éclose le malheur, morts violentes qui deviennent faits divers dès lors que les professionnels de l’information s’en emparent.
Décembre 1983. Meurtre de Reine, jeune fille de 15 ans, et dissimulation de son corps débité dans un coin de forêt tout proche de la ville asthénique. Car la nature est là aussi, omniprésente et pas bucolique pour deux sous : « des prés en pente », des « mélèzes », « épieux rapeux et hauts. Serrés. » C’est là, « aux Bois d’eau », au cours d’une promenade en fin de journée, qu’un ouvrier va découvrir quatre mois plus tard le corps de Reine.
Le roman de Thierry Hesse tient du compte-rendu d’enquête : des années après, retour sur les lieux du désastre, non pour élucider les faits police et justice se seront acquittées de leur mission, mais s’immerger dans ce monde désolé, tracer une sorte de généalogie du drame. Un tel projet ne saurait s’accorder avec une narration linéaire, un enchaînement de causalités. Il s’agit plutôt de décrypter le silence des victimes, des meurtriers et de leurs proches, saisir ces vies en mouvement jusqu’à qu’à la collision. Topographie et chronologie sont traitées avec soin, même si forcément le lecteur se perd sur les routes secondaires et dans l’enchevêtrement des dates : c’est que l’auteur cherche à comprendre, non à expliquer ; il s’intéresse à la complexité des êtres, à leur regard sur ce qui arrive. D’où un livre à la forme éclatée, dont les fragments dessinent une vérité fragile.
Le voyage implique des incursions dans le passé lointain qui pèse toujours sur les vivants pour éclairer le délabrement d’aujourd’hui : « tous ceux qui voudront bien répondre diront, dans une sorte de vrac, leur jeunesse manquée, la vie ingrate ou rétrécie, les morts en masse de la Grande Guerre, les familles amputées, l’occupation ennemie, le règne des filateurs (…), les cent et une fabriques, le travail forcené en usine avant que de le voir dès 1973, et puis année après année, mis en morceaux et partir en fumée (…). Pas sûr qu’on ait besoin de chercher ailleurs le visage esquinté du siècle. »
Reine refuse de s’accommoder de toute cette misère : « à quoi bon je me dis, pourquoi donc espérer ce qui ne viendra plus ? » « Eh bien il faut avoir un vrai projet », lui dit son conseiller d’orientation ; la collégienne en a un, qui en vaut un autre, croit-elle : déserter le champ de ruines puisque la défaite est consommée, puisque « la guerre » est perdue. Elle n’atteindra pas le « pays de lacs et de sapins » : celui qui devait l’y emmener, l’esprit dévasté par sa propre misère, en a décidé autrement. Le séisme fait vaciller les vivants, il appelle des répliques d’intensité diverse : à l’usine le père de Reine, qui fut un ouvrier modèle, empile soigneusement d’aberrantes colonnes de torchons au lieu de les ranger dans les cartons d’expédition. Plus tard il passera lui aussi à l’acte meurtrier.
Le bilan n’est cependant en rien désespérant : la geste de Reine s’achève en une apothéose inattendue, dans un épilogue tendu qui confirme une grande maîtrise de l’écriture.

Le Cimetière américain, de Thierry Hesse
Champ Vallon
215 pages, 16

Faits d’hiver Par Jean Laurenti
Le Matricule des Anges n°46 , septembre 2003.
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