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Poésie Du Sang craché

septembre 2003 | Le Matricule des Anges n°46 | par Emmanuel Laugier

Météore fulgurant, Yi Sang a ouvert l’ère de la modernité littéraire en Corée. Ses poèmes mêlent à leur expérimentation ironie et rage.

Cinquante poèmes (suivi de) Les Ailes

On connaît peu Yi Sang en France, malgré quelques traductions éparses en revues. Plus de soixante textes, si l’on met de côté sa poésie, se distribuent entre contes, romans, nouvelles ou essais. Ils forment en Corée plus de cinq tomes de ses œuvres complètes. Les Cinquante poèmes ici proposés, écrits entre 1934-36, permettent de prendre la mesure des risques, pas seulement formels, qui conduisirent Yi Sang à se jeter, corps et âme, dans un combat contre le conformisme confucéen qui dominait alors la société. Né à Séoul l’année même (1910) de l’annexion de la Corée par le Japon, dans le contexte d’une pleine expansion de la réforme Kabo de 1894 (mélange de pratiques orientales et d’études des systèmes politiques, économiques et industriels de l’Occident), Yi Sang, devenu ingénieur-architecte, noircira tôt des cahiers entiers la nuit, malgré la maladie, au point que ses « écrits se rythment sur (sa) toux ». Yi Sang appartient bien à cette génération qui, à partir du début du siècle, par le biais d’expérimentations langagières neuves, se heurta aux scandales, censures et autres pressions sociales.
L’un des premiers poèmes de l’ensemble Vue à vol de corbeau est assez significatif de cette modernité : il déplace ironiquement le respect dû au père, particulièrement fondateur dans la société coréenne, en bouleversant le tissu de la langue : « Lorsque mon père s’endort près de moi je peux devenir mon père et je peux devenir le père de mon père et le père du père de mon père mais pourquoi remonterais-je de père en père en père devenu moi-même et mon père et le père de mon père et le père du père de mon père devrais-je jouer à la fois ces rôles et vivre ».
Sans insister sur l’ironie et le refus de s’inscrire dans une pitié filiale proprement consensuelle, Yi Sang plaide ici pour une sorte de devenir ouvert de l’individu, libre face à son inconnu, dans le droit fil du Groupe des Neuf (qui rassemble des poètes, écrivains, cinéastes, tous modernistes) auquel il appartient dès 1934. Mais c’est surtout la forme en boucle, presque en ritournelle, qui ici, dans sa brièveté, resserre avec une violence et une efficacité remarquable le style de Yi Sang.
Ses poèmes de chiffres en miroir, ses énoncés quasi-mathématiques, ses rêves éveillés (parfois assez surréalistes), la clarté presque froide de ses phrases répétitives, particulièrement bien rendue dans cette traduction, montrent que Yi Sang a payé de ses arrogances formelles parce qu’elles étaient vécues au fond de son corps comme la torsion d’une nouvelle psyché. La tuberculose l’emporte en effet à 26 ans en terre japonaise : il aura craché pour nous le sang du nom qu’il se sera choisi. En abandonnant son patronyme (Kim Hae-Gyeong) pour emprunter celui de Kim Sang, sang signifiant « la boîte » ou « le petit jardin créé par le prisonnier », il traçait à l’avance son avenir contradictoire. Ses Memorendum, réduits à des suites de chiffres et à des équations l’écrivent encore magnifiquement pour lui : « Mon cerveau se déploie tel un éventail qui fait la roue, et qui pivote parfaitement sur lui-même ».

* Hasard de l’édition, Zulma publie à l’automne dans une autre traduction les œuvres poétiques complètes de Yi Sang sous le titre de Perspective à vol de corneille ainsi qu’un recueil de trois nouvelles intitulé Les Ailes.

Cinquante poèmes/
Les Ailes
Yi Sang
Traduit du coréen
par Kim Bona
William Blake & Co
190 pages, 18

Du Sang craché Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°46 , septembre 2003.
LMDA papier n°46
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