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Jeunesse Lutineries

octobre 2004 | Le Matricule des Anges n°57 | par Malika Person

À la fois regard éclairé sur l’enfance et roman d’amitié teinté d’humour, « Élie et Sam » séduit par sa capacité à donner aux instants apparemment insignifiants une grande intensité.

S’inspirant des histoires du Petit Peuple (korrigans, elfes ou autres trolls) qui parsèment la littérature de jeunesse, Marie Desplechin décrit dans son roman des saynètes de la vie de deux lutins prénommés Élie et Sam durant une année scolaire, organisée en six chapitres bimensuels. Un quotidien auquel le jeune lecteur devrait s’identifier, loin des effets fantasmagoriques auxquels on aurait pu s’attendre mais qui ne gâchent en rien l’intérêt de ce texte centré sur l’enfance. « Le passage de l’âge de sept à huit ans est une période exceptionnelle » qui vaut bien ce roman où le superlatif et l’humour ont la vie belle et qui traduit bien les proportions gigantesques que peuvent revêtir aux yeux d’un enfant des événements apparemment insignifiants.
Marie Desplechin traduit ainsi avec justesse les émotions des deux lutins, leurs regards spontanés sur le monde et sur eux-mêmes, relayés par un narrateur omniscient, tendre complice des deux personnages. L’enfance a le privilège d’être un laboratoire d’apprentissage et ce roman s’en fait l’écho. Apprentissage de l’amitié, du respect, de la confiance, du partage… mais aussi de la contradiction, de la jalousie, de la trahison, de la solitude. « Quelle existence pourrie », dit Sam, lorsqu’Élie le délaisse un temps pour Aliazar Albuquerque, « et il se sentit seul à étouffer ». La peur, le doute, le sentiment d’horreur ont aussi leur place dans ce monde de l’enfance décrit par l’auteur car grandir n’est pas une mince affaire. Mais, « l’important est de ne pas perdre la tête. (…) Quand on ne peut pas s’en sortir tout seul, il faut bien demander de l’aide » même si, parfois, des envies de « claques » démangent Élie qui ne comprend pas que sa mère ne le voie pas grandir ou encore, lorsqu’en cherchant une alternative à l’adoption d’un animal que le père refuse, elle propose à son fils l’adoption… d’un arbre ! Heureusement l’amitié consacre l’harmonie entre Élie et Sam. Une amitié franche et honnête sur laquelle est basé le roman à l’humour décalé ou pince-sans-rire comme lorsque Sam s’interroge sur sa vie future : « Quand je serai grand, je serai comme Liliotte Lilibus, dit-il./ Une femme ?/ Non, imbécile. Un solitaire. J’irai vivre au milieu de la forêt. Je parlerai avec les loups./ Tu t’embêteras atrocement, prédit Élie./ Peut-être, mais on me fichera la paix. »
Au-delà de l’histoire sensible et drôle qu’il donne immédiatement à voir, ce roman révèle la difficile appréhension de la vie des deux lutins. Parfois perdus, souvent émerveillés tels des rêveurs éveillés, comme le jour où l’expression « nuit blanche » exerce sur eux un attrait quasi-magique. « Dans l’imagination d’Élie, la nuit blanche évoquait un amas de poils de lapin blanc accroché à un genévrier, une boule chaude et douce au léger parfum de cire. » C’est finalement grâce à la complicité de son père, qu’Élie et son ami Sam vont « traverser la nuit comme on traverse une forêt enchantée. » En délaissant parfois les nombreux dialogues qui traduisent la profusion des émotions et la succession d’événements dans la vie de Sam et Élie pour un texte plus contemplatif, Marie Desplechin y introduit par ailleurs une dimension poétique qui ralentit le rythme et crée un effet de douceur, de sérénité. Un ralentissement discrètement prolongé par les illustrations de Philippe Dumas, reproduites en pleine page et en regard de chacun des chapitres, dessinées à la plume, au trait rapide, hachurées, comme autant de scènes croquées sur le vif sur lesquelles le jeune lecteur s’attardera aussi, avec bonheur.

Élie et Sam
Marie Desplechin
L’École des loisirs, « Neuf »
158 pages, 8,50

Lutineries Par Malika Person
Le Matricule des Anges n°57 , octobre 2004.
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