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Essais Les mécontemporains

mai 2005 | Le Matricule des Anges n°63 | par Thierry Cecille

De Chateaubriand à Barthes, Antoine Compagnon reconstitue ici une famille de pensée, une ligne de front, celle des « réactionnaires de charme » (Gracq).

Les Anti-modernes de Joseph de Maistre à Roland Barthes

La thèse est paradoxale mais passionnante : depuis la Révolution, les véritables « modernes » seraient en fait ceux qui n’acceptent pas le mouvement qui guide leur époque, ceux qui renâclent, regimbent et puisent leur énergie dans ce refus. Antoine Compagnon, disciple de Barthes, spécialiste de Proust comme de Baudelaire, possède les armes nécessaires à cette démonstration intellectuelle, à cette reconstitution de près de deux cents ans d’une certaine tradition française, dont certains acteurs furent malmenés, d’autres oubliés. Peut-être faudrait-il recommander au lecteur un parcours aléatoire, ou personnel, à travers cet ouvrage touffu, qui se perd (et nous perd) parfois dans des études trop détaillées, trop consciencieuses sans doute, de quelques débats jadis polémiques entre Benda et Paulhan, des rapports étroits entre Lacordaire et Montalembert, ou encore de certaines propositions de De Maistre sur le rôle de la Providence dans la Révolution française… Oserait-on donc conseiller, par exemple, de commencer par le dernier chapitre, le plus émouvant sans doute : nous y rencontrons un Barthes un peu surprenant pour ceux qui ne virent en lui qu’un maître-es-avant-gardes, s’efforçant de défendre les tentatives textuelles de Sollers et de Tel Quel, alors qu’il lisait avec passion, dans le silence nocturne, Saint-Simon et Chateaubriand. En fait, son secret refus de la modernité s’accorde bien plus avec sa hantise de l’hystérie et sa recherche du neutre, et la tradition littéraire française pourrait s’avérer, finit-il par penser, le seul rempart face à la destruction de la langue et la mort de la littérature qu’il anticipe avec un désespoir discret. Le paradoxe par lequel il avouait être « à l’arrière-garde de l’avant-garde », car « être d’avant-garde, c’est savoir ce qui est mort ; être d’arrière-garde, c’est l’aimer encore » peut guider notre parcours à la découverte des autres combattants qui le précédèrent, tant la métaphore guerrière prend ici tout son sens. C’est dans une première partie consacrée aux « idées » (une seconde s’attachera, logiquement, aux « hommes » ) que nous pouvons déterminer les angles d’attaque et les cibles : ainsi le pessimisme, d’essence théologique et politique à la fois chez De Maistre et Bonald, se teinte de nostalgie chez Chateaubriand, d’ironie chez Flaubert ou les Goncourt, avant de devenir vitupération chez Bloy, de même le mépris pour les Lumières et leur croyance au progrès resurgit aussi bien dans le portrait-charge d’Homais dans Madame Bovary que dans le dédain de Brichot envers le « siècle XVIII » chez Proust. Baudelaire, quant à lui, mais de manière non univoque, à travers détournements et travestissements, renoncera à toute illusion démocratique, après avoir été « dépolitiqué » par la révolution de 1848, à laquelle il participa pourtant, et poursuivra, jusque dans ses Petits poèmes en prose, de sa hargne non dénuée d’admiration, le « bourgeois » et la bêtise qui lui semble caractériser son époque (mais à laquelle il n’était peut-être pas certain d’échapper tout à fait…).
Les itinéraires littéraires, spirituels et politiques tout à la fois que contient la seconde partie nous offrent d’autres pistes de réflexion : qu’il s’agisse des avatars de l’antisémitisme au tournant du siècle, de Renan à Bloy, ou des luttes de Péguy, de son dreyfusisme initial à son réalisme patriotique, que l’on suive Julien Benda pourfendant « la trahison des clercs » ou Gracq pour le moins dubitatif envers le Nouveau Roman ( « la littérature de cette fin de siècle commence à ressembler furieusement aux armées de campagne modernes, dévorées de plus en plus par leur encombrant appareil logistique » ), on peut être pris de nostalgie et déplorer que les débats actuels (ou ce qu’il en reste dans les colonnes de quelques rares journaux et revues) patinent, le plus souvent, entre critique de l’autofiction et déploration sur la décadence de la littérature française…

Thierry Cecille

Les Antimodernes
Antoine Compagnon
Gallimard, 464 pages, 29,50

Les mécontemporains Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°63 , mai 2005.
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