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Intemporels Penrose, couleur sang

octobre 2005 | Le Matricule des Anges n°67 | par Didier Garcia

Portrait d’une comtesse hongroise qui tortura des jeunes filles par plaisir et pour préserver sa beauté. Saisissant.

La Comtesse sanglante : Erzsébet Bathory

Inscrite dans la mouvance surréaliste, Valentine Penrose (1898-1988) fut une poétesse appréciée, notamment d’Eluard qui préfaça deux de ses recueils. Mais ce qui retint l’attention de Bataille, c’était La Comtesse sanglante, publié en 1962, dans lequel elle présente la vie d’Erzsébet Báthory (1560-1614), fille d’une authentique famille princière de Transylvanie.
Valentine Penrose propulse le lecteur au cœur de l’Europe féodale, dans un pays qui épouse encore les mœurs du Moyen Âge. Celle qui va devenir la « comtesse sanglante » naît dans un « humus de sorcellerie et à l’ombre de la couronne sacrée de Hongrie ». Comble de malchance, l’hérédité s’en mêle et lui lègue une maladie mal connue à l’époque : l’épilepsie, que l’on appelle alors « crises du cerveau ». À cette tare congénitale s’ajoute l’éducation rigoureuse que lui donne sa belle-mère. Aussi goûte-t-elle déjà les joies rudes de la solitude, trouvant refuge auprès des esprits mauvais qui séjournent alors dans les forêts.
Une bonne partie de son histoire d’adulte s’inscrit dans le cadre austère du château de Csejthe, non loin de l’actuelle Slovaquie, dans les petites Carpates. Là, « où les gens étaient encore plus stupides qu’ailleurs », elle s’ennuie ferme, attendant pour des heures plus fastueuses le retour de l’époux, toujours retenu sur quelque champ de bataille. Aux parenthèses érotiques que d’autres s’offriraient, Erzsébet préfère les jeux plus pervers. À la fois pour tromper son ennui et se venger de sa belle-mère, mais plus encore à cause de son épilepsie, elle commence à exercer sa cruauté, faisant amener auprès d’elle deux ou trois solides et très jeunes paysannes, les mordant puis mâchant la chair qu’elle a pu arracher. Le pire, oserait-on dire, c’est que de telles pratiques ont sur elle un effet lénifiant : « Magiquement, au milieu des hurlements de douleur des autres, ses propres souffrances disparaissent ». La volupté n’est pas loin ; elle viendra avec les bains de sang.
Laissée veuve à l’âge de 44 ans, à l’âge où l’on redoute les effets du vieillissement, la comtesse en profite pour s’enfoncer dans une solitude qu’elle ne quittera plus. On la suit alors de château en château, où les sévices se diversifient. Son quotidien ressemble désormais à une interminable succession de tortures, rendues possibles par une cohorte de femmes habitées par le démon. On la voit enfoncer des épingles sous les ongles des jeunes femmes, brûler leur sexe avec un cierge, enduire de miel leur corps dénudé et les lâcher, les mains liées, en pleine forêt. Seulement voilà : la comtesse se lasse vite. C’est encore trop peu que de se baigner dans des cuves remplies du sang de ses jeunes victimes : il lui faut des plaisirs plus subtils, des sévices plus raffinés. De quoi rassasier son imagination. Aidée dans ses recherches par la sorcière Darvulia, qui ne prêche que par le sang versé, elle se fait fabriquer des machines infernales, comme la « vierge de feu », qui empoigne sa victime, l’étreint dans une accolade meurtrière en lui enfonçant cinq poignards à travers le corps.
Afin qu’elle puisse exercer son vampirisme et sa cruauté, son stratège de tortionnaires se charge de recruter de nouvelles jeunes filles en leur promettant une vie de rêve. À l’arrivée, certaines sont immédiatement sacrifiées ; d’autres, au plus fort de l’hiver, reçoivent un bac d’eau glacée sur leur corps nu ; d’autres encore sont lacérées, déchiquetées, la comtesse allant jusqu’à leur faire avaler un morceau grillé de leur propre chair, arraché dans quelque plaie. Quant à celles qui attendent leur tour, elles sont souvent nourries par les cadavres des précédentes victimes. Sans oublier les innombrables châtiments qui venaient punir une conduite qui avait le malheur de déplaire : tisonniers ardents, fers rougis par le feu…
C’est inévitable, tôt ou tard, des bruits circulent. Tant de morts laissent des traces, et sinon des traces, au moins de l’absence. La rumeur se propage. Longtemps protégée par le respect qui entoure le nom de son mari, l’étau ne s’en referme pas moins autour d’elle. Et lorsque enfin l’on s’avise de voir ce qu’il se trame entre ses murs, la vérité éclate dans toute son horreur : on découvre qu’elle a tué 610 jeunes filles (ce qui est peu si l’on se réfère à Gilles de Rais, condamné pour avoir évoqué le démon et s’être baigné dans le sang de jeunes garçons égorgés 800 en sept ans).
Le procès fut expédié : la comtesse écopa d’une réclusion à perpétuité dans son propre château. Emmurée vivante dans une pièce aux fenêtres barrées par une façade de pierres, elle vivota encore quatre ans, sans jamais formuler le moindre repentir.
Réalisé à partir d’une monographie et de documents originaux, ce portrait est écrit avec froideur, sans parti pris on ne sent jamais poindre ni indignation ni compassion, comme si Valentine Penrose avait évacué toute émotion. Ou comme si Erzsébet Báthory était devenue un être de papier, personnage malgré elle d’un roman fantastique. Puisqu’il arrive que la réalité dépasse la fiction.

La Comtesse
sanglante

Valentine Penrose
Gallimard/L’Imaginaire
236 pages, 7,50

Penrose, couleur sang Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°67 , octobre 2005.
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