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Histoire littéraire Douleurs de l’absence

janvier 2006 | Le Matricule des Anges n°69 | par Jean Laurenti

En grande partie inédite, la correspondance de Tsvetaeva et Pasternak éclaire dans une langue incandescente l’histoire d’un amour grandi dans l’impossible rencontre.

Correspondance avec Evguenia Pasternak, 1921-1960

Une passion amoureuse, au sens d’un chemin d’extase et de douleur qui s’achèvera pour l’un des protagonistes en un insoutenable sentiment de solitude et d’abandon. La correspondance de Marina Tsvetaeva et Boris Pasternak épouse durant quatorze années la courbe fatale d’un amour qui s’enracine dans une pure admiration littéraire pour rapidement devenir fusion de deux êtres engagés dans une quête éperdue de l’absolu poétique. Deux poètes russes de la même génération (il est né en 1890, elle en 1892) et, sur des modes fort divers, au destin bouleversé par la révolution de 1917. Marina est contrainte à l’exil (mariée à Sergueï Efron, qui s’est rangé du côté de l’Armée blanche, elle quitte Moscou en 1922 avec leur fille Ariadna pour le rejoindre) en Tchécoslovaquie d’abord (près de Prague) puis à Berlin et enfin en France, Pasternak choisit de rester à Moscou. Il a lu Vertes, le recueil de Marina paru en 1917. Ébloui, il lui écrit pour lui dire son admiration. On est en 1922. Pasternak vient de publier son recueil majeur, Ma sœur la vie, et le lui envoie : le pacte est scellé.
Mais entre eux, il y aura toujours la distance et des promesses de rencontres non tenues : dans les taudis des environs de Paris où elle trouvera refuge, accablée par les tâches domestiques deux enfants, un mari gentil et velléitaire, noircissant les pages quand l’unique table de la maison est enfin débarrassée, Marina continue pourtant d’attendre (« la Marina de la vie » celle qui doit assurer la survie de la famille, n’autorise pas la Marina poète à quitter les siens). Chacun avec ses mots, les deux écrivains vont sublimer cet éloignement. Boris : « j’ai rendu grâce à Dieu de ne pas vous avoir rencontrée pendant l’été 1917. Car je serais alors seulement tombé amoureux de vous. (…) Autrement dit, après, nous nous serions haïs : un tel après aurait été inévitable. » Marina, un soir, rêvant la venue de l’aimé : « La moitié du ciel, Pasternak, en forme d’aile, une aile qui prend la moitié du ciel, du jamais vu ! (…) La lumière devenue couleur ! Et elle file, drapant la moitié du ciel. Et moi, dans la foulée : « l’aile de votre départ ! » C’est avec ce genre de signes et d’indices que je vais vivre. »
Il y aura aussi la divergence des chemins poétiques que Tsvetaeva, dans son désir brûlant de sincérité, sera toujours prompte à souligner. À Pasternak qui s’affaire (et selon elle se fourvoie) à la rédaction de son poème aux accents épiques, chronique historique de l’année 1905 vécue par un soldat : « Toi tu es un lyrique, Boris, comme on n’en a jamais vu et comme Dieu n’en a pas créé. (…) Tu es à ce point un non-humain (…) que le premier scénariste venu te damera le pion. »
On est alors au début de 1927. Tous deux viennent d’apprendre la mort de Rainer Maria Rilke, avec qui, durant l’été 1926, ils ont entretenu une ardente correspondance croisée (voir Lmda N°45). Il était leur aîné, leur modèle, et ils rêvaient de lui rendre visite dans sa retraite suisse. Pasternak : « J’ai appris sa mort à un moment où d’épais lambeaux de neige tombaient, tout noirs, sur les vitres embuées. (…) Te rends-tu compte, dans toute la brutalité du fait, combien nous sommes devenus orphelins toi et moi ? » Sentiment de solitude et très grand dénuement : à cause des privations, ils connaîtront la maladie et, elle surtout, manquera cruellement de soins.
Dans les années 30, malgré son admiration éperdue pour Tsvetaeva, sa volonté de lui être fidèle, Pasternak, désormais homme de lettres pleinement reconnu, se rapproche de l’appareil soviétique et s’éloigne de Marina. (« Vous me parlez des masses, moi des unités souffrantes », lui écrit-elle). En 1935, il viendra en France dans une délégation officielle de l’URSS. Ils se verront, mais ne se rencontreront pas. Quatre ans auparavant, elle avait accroché au mur le portrait du poète. Signe, déjà, de la défaite de l’amour, de la vraie séparation : « Il faut croire qu’à présent, je t’ai simplement ôté de moi et posé. »

Marina Tsvetaeva & Boris Pasternak, Correspondance (1922-1936)
Traduit du russe, présenté et annoté par
Eveline Amoursky et Luba Jurgenson
Éditions des Syrtes, 680 pages, 38

Douleurs de l’absence Par Jean Laurenti
Le Matricule des Anges n°69 , janvier 2006.
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