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Domaine étranger Je ardent

mars 2006 | Le Matricule des Anges n°71 | par Sophie Deltin

Lettres à Felician

Intenses et énigmatiques sont les lettres d’amour écrites en 1945-46 par la jeune Ingeborg Bachmann (1926-1973), depuis sa Carinthie natale tout juste sortie du cauchemar nazi. Dans cette suite de mots, en vers ou en prose, amarrés sur le papier à « l’attente balbutiante » de son inspirateur, il s’agit bien d’aimer, mais seulement dans l’absence, sous forme de manque, de creux : « en pensée » et hors de toute capture. À ce titre, ces lettres restées sans réponse ne sont rien d’autre qu’un agencement imaginaire autour d’un désir. L’enjeu de l’adresse poétique tient alors moins à une identité (un « ami » autant qu’un « maître ») qu’à une fonction de structuration (une « foi »), le destinataire des poèmes étant là pour supporter l’élan du désir, dans son incomplétude et son inachèvement même. « Ne manque maintenant que le bonheur de la réalisation » constate alors la poétesse. Précisément, comme Le Phare de Virginia Woolf à jamais hors de portée, l’objet de l’amour, innommé, doit rester inaccessible (« Telle est notre destinée. Ne jamais nous rejoindre »), la loi du désir exigeant sa perpétuelle frustration. Et quand « Felician » enfin baptisé aura fini par condenser cette quête éperdue de bonheur, il sera déjà temps de lui dire adieu. Car les mots se lassent quand le corps manque et ce qui est nature, ivresse et lumière peut aussi devenir néant, détresse et solitude absolue.
De cette relation jouée entre un Je « à peine éclos » et un Tu « fictif mais émancipateur », le traducteur Pierre-Emmanuel Dauzat excelle à montrer dans une préface passionnante comment « Felician », à tenir lieu de ces mots qui révéleraient à lui-même le « Soi » du « Je », n’est « qu’un moment de la naissance de l’écrivain ».

Lettres à Felician d’Ingeborg Bachmann
Traduit de l’allemand par Pierre-Emmanuel Dauzat
Actes Sud, 92 pages, 12,50

Je ardent Par Sophie Deltin
Le Matricule des Anges n°71 , mars 2006.
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